Ordre Royal des Chevaliers de la Licorne


 
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 [Lieu] Auberge du Voyageur

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Ellesya

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mer 29 Jan 2014 - 19:26

La tension augmenta. Sourires et gestes déliés n'étaient plus.

Il semblait entrouvrir des portes qu'elle ne parvenait à atteindre, ravivant l'ire et la frustration jusque là bridée par la part de sa personnalité qui aspirait à l'Amitié vertueuse.

La petite Walkyrie fut de retour, se débattant dans les toiles d'un passé qu'elle maîtrisait moins qu'elle l'eut voulu, ouvrant nerveusement des coffrets dont Mnémosyne transformait le contenu en poussière impalpable, agrippant des silhouettes désincarnées et muettes.

Les jalons d'Yvaniès semblaient être des feux follets, lumières trompeuses, la perdant toujours un peu plus loin dans les méandres de ses pensées, ranimant l'immense vide laissé par les disparus.

Il avait parlé par sous-entendus, était passé au vouvoiement sans qu'elle ne se rappelle quand. Elle devrait comprendre les allusions, elle le voulait. Mais seule la constatation de son ignorance, de ses oublis s'imposait comme autant de voiles d'ombre.

Et la dernière phrase... comme le coup de grâce... qui lui empourpra les joues sans crier gare, peu coutumière du dernier adjectif. Comme le trouble n'était pas déjà suffisant.

La table fut de trop. Les soiffards et le patron de même. Les murs et le bourg également. Sa seule envie était maintenant de se jeter sur cet homme. De le rouer de coups. De lui faire cracher le morceau. De se libérer de tous ses sombres sentiments qu'elle gardait scellés au fin fond de son âme au nom de la Vertu. Sa part sauvage voulait refaire surface, celle que les Fléaux avaient préservés et qu'elle avait réprimé après les deuils, pour se sociabiliser. Parce qu'il n'y avait plus personne pour l'aimer telle qu'elle était.

Elle se tenait les bras fermement, comme pour s'interdire ces gestes. Quant au regard d'acier  d'Yvaniès, le sien y répondit, à la fois flamboyant et mouillé. Elle finit par le baisser, tenant ses tempes entre ses doigts. Les paupières closes chassèrent une seule goutte mais Sya fit comme si de rien n'était. Le contrôle revint progressivement.
Il lui fallait se défaire de certains points, sinon elle le regretterait.


Quelle ironie de savoir tout cela maintenant...

Un petit rire nerveux glissa, qu'elle ravala avant la fin.

Pour son tombeau, son trépas, il en sera fait ainsi que vous le dites.

Son ton oscilla entre la déclamation douce et la mélopée.

« Dieu réunit alors l’amour qu’Il avait en Lui. Il en fit l’esprit, qui ne pouvait être ni touché, ni vu, ni senti, ni goûté, ni entendu, car il était différent de la matière. L’esprit contenait l’intelligence, composée de la raison et des sentiments. Dieu y avait mis le plus de Lui-même: la capacité de choisir et celle de ressentir. Le Très Haut associa la matière à l’esprit, pour que ce dernier puisse exister en harmonie avec le monde, et nomma le tout "vie".

Avant de revenir à la « discussion », instable qu'elle paraissait sûrement, preuve de sa bataille intérieure.

Si vous êtes en mesure de lui dire où j'en suis, qu'il puisse le comprendre, ...alors vous pourrez lui faire savoir que son amour est réciproque, peu importe tout le reste. Que je prierai encore longtemps pour accompagner son esprit, lorsque la matière sera retournée à la terre.

Cela vaudra bien l'ultime sacrement qu'il avait négligé. Et surtout, c'était ce qu'elle pouvait faire, elle. C'était sa réponse à toutes ces possibilités qu'Yvaniès lui avait présenté.

Toute l'ironie de la situation, de ce qu'elle avait appris, lui éclatait en plein visage.
Même les détails qui rendaient Rhuyzar plus réel, plus humain, faisaient enfler son désir d'agir alors qu'elle était dans l'incapacité de le faire. Voilà qui la rendait folle de colère, d'affection, de frustration. Et s'ajoutait à tout cela cette certitude qu'elle passait à côté de quelque chose et qui concernait le truchement du loup blanc.

Enfin, elle quitta la contemplation de la table, car ses yeux n'étaient pas restés clos tout du long. Acier contre acier. L'eau s'était séchée. L'aménité avait cédé la place à l'inquisition grondante. Ses mots se firent plus durs, vibrant du tourment qu'elle subissait à ne pas se rappeler.


Légué par le premier... Je ne vois qu'une personne dont Rhuyzar put être l'héritier. Celui qui fut mon parrain sur les fonts baptismaux. Plus important, celui qui fut le sien dans l'Ordène.

Nul besoin de préciser qu'elle ne connaissait de lui que ce qu'on lui avait raconté. Elle était bien trop jeune à sa disparition.
Mais c'était la seule piste qui lui venait à l'esprit et à laquelle elle se raccrochait pour l'heure.


Le troisième... le troisième de quoi ? Qui fut le second ?
Vous m'avez connu. Mais je ne me souviens pas !
Je n'ai que le souvenir de ces hommes en blanc, venus des côtes de la méditerranée, et dont je ne comprenais pas la langue, qui ne se mêlaient pas à nous. Mais vous...


Entre rage et imploration, un grondement.

... m'échappez.

Qui-êtes-vous!?

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Jeu 30 Jan 2014 - 9:01

Deux tempêtes se contemplaient désormais. Deux feux intérieurs, deux brasiers terrifiants brulaient désormais à l'intérieur des deux êtres qui se tenaient face à face. Yvaniès n'ignorait pas le poids de ses mots, et la force de ses énigmes. Des années de pratique lui avaient appris à maitriser la puissance de la parole et le tranchant des révélations à demi voilées. Si son premier Maître écrasait par le langage, le second s'était révélé beaucoup plus subtil dans ce domaine, son passé de diplomate certainement. Il lui avait enseigné le pouvoir d'une phrase bien tournée et d'une question gardée sous silence et masquée par une autre, sans intérêt. Ainsi avait-il découvert qu'on pouvait interroger, torturer, sans se munir d'un nécessaire de torture.

Mais l'exercice auquel il venait de se livrer l'avait lui-même déstabilisé. Il en est ainsi des coups qu'on porte à ceux auxquels on tient, ils en viennent à nous blesser autant qu'à eux. Et le sang de se répandre sous sa peau meurtrie, entre ses os brisés par les incessants combats. Le désir devenait trop fort de sombrer dans la violence d'une crise ou de tout lui avouer. Devant, ses yeux, tandis que sa voix dure et glacée répondait à son ironie, dansaient les formes sombres de celles qui l'avaient forgé dans les flammes. S'il n'avait pas brulé ce jour-là, une douleur sourde et virulente s'était installée pour ne jamais repartir.

Tu viens signer ? Tu acceptes maintenant mon offre ? Mais il n'y a rien à signer. Il n'y aura rien sur toi. Aucun papier. Aucun rapport. Aucune lettre. Dés à présent tu disparais dans les ombres et tu me laisses ton âme en gage. Ton coeur ne m'intéresse pas. Si tu es là c'est qu'il est brisé. Pars. Je te contacterai. Tu n'existes plus que pour moi.

Les mots étaient soudain apparus dans son esprit moins embrumé qu'il n'y paraissait. Soudaine réminiscence d'un passé lointain. Oublié. Enfoui. Caché. Car par trop lié aux flammes et au supplice. Et les phrases de se former. De prendre un sens nouveau à la lumière de ce qu'il savait, de ce dont il se souvenait. De voir la Noire Armure et son air suffisant. Brisé ? Comment avait-il su ? D'accord c'était son métier, mais Yvaniès avait chevauché sans se retourner, pris de folie et de cette colère froide et terrible qui vous fait élaborer les vengeances les plus cruelles. Et il ne s'en était pas étonné. Il n'avait pas questionné et s'était contenté d'accepter le revirement. Le doute était né alors... et il n'allait en réalité plus le quitter jusqu'à aujourd'hui, où il pensait enfin comprendre la terrible farce que lui avait jouée le Destin et la Mort.

Pour eux il était trop tard. Pour toute cette prétention et ces armures rutilantes, seule la mort pouvait être rédemptrice de leurs péchés impies et de leur héritage de mal. A eux qui se vautraient dans les horreurs commises par leurs ancêtres, il saurait les combattre. Mais elle... Ellesya de la Louveterie... Il ne pouvait jouer l'amalgame. Il n'avait pas le droit de replonger dans l'ignorance et de ne pas écouter ce que lui dictait cette petite voix intérieure que d'aucuns appellent coeur. Et tandis qu'elle parlait et se dressait face à lui, il sentait une forme de fierté poindre dans sa poitrine. A la voir ainsi combattive, il remerciait le Ciel de n'avoir point piétiné son oeuvre.

Et c'est en souriant qu'il la regarda se débattre dans cette nasse d'ignorance. Cherchant les réponses aux questions qu'elle n'avait jamais posées et qu'elle posait mal. Tiraillée entre l'envie de se protéger et le désir de savoir qui l'agressait ainsi de ce passé bien trop lourd. Elle devait se libérer pour savoir, elle devait lui prouver son désir profond et juste de vérité. Il devait, assister, de visu, à l'oeuvre de Kreuz et de tous les autres.

Et dans un éclair d'émotions, il vit. En trois mots. Trois simples mots jetés à la face du Monde entier et à la sienne par la même occasion. Ultime exigence de l'enfant qui en a assez d'être traitée comme tel, alors que grossit sa poitrine et que se posent sur elle les regards appuyés des jeunes mâles. Sa mère fut Morgwen. Son père fut Rassaln. Entre ces deux titans, naquit Ellesya. Et la voila qui écartait les montages de son passé pour demander des comptes au morne messager qui tentait de l'enfermer encore. Elle avait compris le sens du jeu.

Alors, lentement, solennellement, Yvaniès repoussa son siège et se leva. Sans se soucier des trois poivrots qui plantaient le nez dans leur godet en espérant qu'il pousse ou de l'aubergiste coincé derrière son comptoir, sans même se soucier du regard du Corbeau qui, dans le lointain, le fixait avec intérêt, il fit le tour de la table, pour se trouver, sans entraves, face à la jeune femme. Déplié entièrement, il la dominait de sa carrure et la fixait avec une intensité palpable. Ses yeux brillaient d'un feu terrible et ses poings crispés révélaient la blancheur des jointures qu'il martyrisait depuis de longues minutes. Voila qui aurait pu suffire à déclencher l'affrontement ou du moins à provoquer chez Ellesya un mouvement de recul, mais, conscient de ce qu'il accomplissait en cet instant, il ne lui en laissa pas le temps et planta un genou en terre, ou en plancher, baissant la tête face à elle et courbant l'échine.

Enfin vous le demandez... Enfin vous posez cette question... Ellesya... Ellesya de la Louveterie... Je suis l'âme damnée de votre oncle, Rhuyzar de la Louveterie qui, en homme prévoyant et vous sachant sans père, me sorti des catacombes de Paris pour m'offrir la lumière et la plus glorieuse des missions à ses yeux: veiller sur la jeunesse de son nom, veiller sur vous et sur votre bonheur. Dans le noir... bien sur... on ne transforme pas un assassin en précepteur affable... Mais j'ai tout vu. J'ai vu tous vos jeux, tous vos pleurs, tous vos rires. Je vous ai vue grandir, pousser. J'ai souffert de vos chagrins et ai prié mille fois pour vous. Et si, au commencement je vous ai vue comme le travail qu'on me demandait d'accomplir, je vous ai, finalement aimée. Et vous m'avez sauvé Ellesya... Vous avez sauvé mon âme des flammes dans lesquelles je l'avais jetée. Vos petits doigts d'enfant et votre rire cristallin m'ont aidé à redevenir un homme.

A cet instant il redresse la tête, les poings toujours serrés. Le feu de son regard s'est changé en eau, et c'est les yeux embués de larmes qu'il regarde la jeune femme qui le domine. Car au fur et à mesure qu'il parle, toutes les images qu'il cite défilent dans son esprit, accompagnées d'autres qui leur sont intimement liées et dont la douleur est presque insupportable. Il flanche, manque de vaciller mais se reprend d'une main avant de poursuivre. Difficilement. Mais nécessaire. Il est trop tard pour revenir.

J'ai usé de mille ruses pour rester près de vous. Tantôt serviteur, palefrenier, gueux de passage, messager de votre oncle quand il vous écrivait, ou écrivait à votre mère. Même quand il est parti pour Grenade, je ne vous ai pas perdue de vue. Ce fut mon ultime service, mon ultime mission, et ma plus grande... Vous...

Il laissa les mots mourir. Préférant un instant le silence. A trop lui en dire il allait la noyer. Il devait la laisser encaisser, exprimer... exprimer quoi ? Il n'en savait rien. Il avait attendu cet instant autant qu'il l'avait craint. Et le jour était arrivé. Le soleil du jour aveuglait son jugement. Cette lumière, cette chaleur, il devrait les apprivoiser s'il voulait survivre.

Survivre...

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Ellesya

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 1 Fév 2014 - 17:45

Quelle que soit l'exigence qui avait fait vibrer sa voix lorsqu'elle eut exigé son identité, Ellesya n'avait rien attendu d'autre qu'une pirouette la renvoyant à l'ignorance, une réflexion qui la laisserait insatisfaite et mécontente. Persuadée que malgré les perches qu'il lui avait tendu, elle n'aurait pas de réponse, qu'il continuerait avec ce jeu douloureux.

Elle se trompait.

Aussi flamboyant qu'eut pu être le regard qu'Yvaniès lui lançait, nulle menace n'y était perceptible. Aussi imposante puisse être sa carrure lorsqu'il déployait, aucune peur ne fit trembler sa main qui se saisit, par réflexe, du manche de son couteau de table. Sans lui faire quitter son étui car si elle s'était trompée, une voix sourde lui intimait la confiance.
Un coup d'oeil nerveux jaugea des réactions des quelques personnes présentes lorsqu'Yvaniès se posta devant elle, sous son regard.
Le reste ne l'intéressa plus dès les premiers mots. Elle ne s'était jamais vraiment souciée du « qu'en dira-t-on », ce n'était pas le moment de commencer.
Il lui sembla que par sa question rageuse, elle lui avait tendu les clés d'une délivrance dont elle ne mesurait pas l'ampleur.

« Enfin vous le demandez... »

L'impassibilité qu'elle démontra alors qu'il avouait, tête baissée, était brandie comme une protection alors que ses pensées lui déchiraient l'esprit. Le ravage était pire que les découvertes sur son oncle. Muée en statue, la jeune femme était en réalité bouleversée.

Acerbe, horrifiée, une pensée tournait, retournait dans sa tête...
Remplacer un père absent par un veilleur invisible... Ce n'était pas ce dont elle avait eu besoin ! Oui, maudits soient les hommes de sa famille, songea-t-elle pour la seconde fois de la journée. Pour la enième fois, ces dernières années.
Comment peut-on sauver quelqu'un dont on ignore l'existence.
Et comment pouvait-elle l'avoir ignoré ? Elle comprenait maintenant pourquoi il lui semblait familier. Elle avait songé à sa manière de se coiffer, à certaines expressions qui devaient avoir déteint de son oncle, à quelques traits lui faisant songer à Kreuz, ...
Si elle s'était toujours enorgueilli de relativement bien connaître les gens de sa mesnie, grands et petits, elle dut admettre que cette connaissance était plus superficielle qu'elle ne le croyait, qu'elle avait reporté son attention sur ceux qui la cotoyaient fréquemment, qui ne désiraient pas rester discret...
Sous ce nouvel éclairage, quelques images aux contours flous lui prouvèrent qu'il ne lui mentait pas...

Des larmes piquèrent ses yeux alors qu'il lui offrait une vision similaire. Un revers de manche vif chassa les siennes tandis que ses mâchoires étaient serrées nerveusement. Tension qui s'envola en le voyant flancher. Elle ne lui fut pourtant d'aucun aide, trop partagée, le coeur et l'esprit labourés par ses sentiments contraires.

Lorsqu'il eut terminé, elle en était encore à accuser le coup.
A peine une phrase s'échappa de ses lèvres où perlait un peu de sang d'avoir été mordue lors d'une phase de révolte colérique qu'elle avait maîtrisé temporairement.


Merveilleux... j'avais un spectateur de ma lente déchéance... Oui... un spectateur...

Ellesya détourna la tête et ferma les yeux une seconde, inspira profondément.
Puis revint à lui. Penchée vers lui, les coudes sur les genoux, ses mains chaudes encadrèrent les mâchoires d'Yvaniès, elle accrocha son regard au sien, sans vaciller malgré son tremblement perceptible. La largueur d'une paume les séparait.

Il venait de lui annoncer que son oncle était en vie. Sans espoir de le revoir vivant.
Il venait de lui avouer qu'il l'avait aimée. Alors qu'elle s'était si longtemps sentie écrasée de solitude depuis le trépas du Cardinal Connétable.
Il venait de lui annoncer qu'il serait bientôt loin si elle lui laissait une « longueur d'avance ». En affirmant aussi rester.
Elle n'avait jamais aussi bien tâter les limites de sa compréhension. Expérience déplaisante au possible.
Trop de paroles voulaient passer la barrière de ses lèvres, trop d'interrogations à formuler dans le peu de temps qui lui serait peut-être accordé.
Alors une seule s'échappa :


Et maintenant ...?

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Yvanies_daktom

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 1 Fév 2014 - 19:16

Il ne put soutenir son regard perçant et inquisiteur. Il ne savait que trop le poids de ses mots pour ignorer ce que pouvait ressentir la jeune femme qui lui faisait face. Il l'avait trop observée pour ne pas la connaitre. Lui l'espion, le tueur, avait eu pour rôle de veiller et de protéger. Lui qui avait fait couler autant de sang qu'il était possible à un seul coeur s'était soudain transformé, par la force des choses, en parrain silencieux et inconnu. Alors il avait étudié la jeune fille. Pour le bien de sa mission, d'abord. Pour son coeur et ses souvenirs, par la suite.

Sa main valide le soutenait toujours, posée sur le sol crasseux et froid de la taverne. Il aurait vacillé sinon. Sous le poids de la culpabilité que venait de lui décharger le Corbeau. Sous le poids des souvenirs et des sentiments qui se mêlaient, confus et ravageurs, dans son esprit torturé. Et pourtant... il ne lui avait pas encore tout avoué. Il ne pouvait. Ce souvenir ne la concernait pas, elle n'en était pas responsable, elle n'avait pas à pleurer, comme lui, cette jeunesse perdue et cette enfance brulée au nom d'une guerre ridicule. Et pourtant... elle avait été son remède...

Lucie... s'il te plait...

Les mots s'étaient échappés seuls de ses lèvres, passant la barrière de son esprit déchiré, rejetant les larmes qui s'amoncelaient à la bordure de ses yeux, dédaignant la fureur de ses nerfs et de ses mains blanchies. Un soupir rauque et éraillé. Une voix d'outre tombe qui évoquait plus un mort qu'un vivant. Le prénom fut suivie d'une goutte salée qui roula du coin de son oeil jusque sur sa joue, laissant dans sa trainée un reflet de tristesse infinie et de douleur insupportable.

Il n'était plus qu'émotions et ressentis. Toute trace de maitrise avait disparu de ses traits et de son être. Le Corbeau avait gagné, encore une fois. L'impitoyable Maître l'avait renvoyé à sa condition d'homme, de père détruit et de mari en deuil éternel. Le transperçant de toute la force de sa folie, il lui avait légué cet incroyable cadeau qu'un soir de printemps on lui avait retiré: l'humanité.

Le réveil était trop brutal pour ses sens, mais il comprenait enfin tout le sens de ceci. Lui seul avait compris qui il était, là où le Destructeur ne se souciait que de ses résultats et de son efficacité. Rhuyzar avait ce don. Celui de lire en l'âme des tourmentés. Chacun de ses filleuls avait été une catastrophe pour la simple et bonne raison qu'il n'essayait pas de les modeler. Il respectait leur différence et la cultivait. Et il avait vite compris qui était Yvaniès. Et ce qu'il devait en faire.


Et aujourd'hui il se trouvait à la Croisée des Chemins. Il pouvait fuir et redevenir l'ombre qui n'avait jamais été. Ou il pouvait répondre à Ellesya et se battre pour réparer ses torts et ceux des autres.

C'est son corps qui choisit pour lui et posa sa main blessée sur l'une de celles de la jeune femme, la serrant maladroitement, repoussant la douleur. Ses yeux embués reprirent le chemin des siens et y puisèrent la force de parler. Toujours à genoux. Sa nervosité était telle qu'il était parfaitement immobile.

Et maintenant je suis là, je suis revenu, et je n'ai pas voulu vous ignorer. Le Corbeau m'a offert ma liberté, je vous dois votre vérité. Aussi dure soit-elle. Votre oncle était un homme terrible, puissant et parfois cruel... mais il savait ce qu'il faisait et pourquoi. Il connaissait assez ma vie pour savoir que cette mission ne serait pas anodine, qu'il n'en résulterait pas qu'un rapport de faits. Il a joué au destin et il a gagné. Car quand je vous vois, mon coeur se serre. Oui, je vous ai aimée... comme la fille qu'ils m'ont prise...

Echec et Mat. Ali renversa son Roy sur le plateau et s'inclina face au Corbeau victorieux. Et les larmes d'Yvaniès coulaient en cascade sur ses joues scarifiées. L'image se faisait nette désormais. Lucie. Aelyn. Les deux corps sans vie devant la maison en flamme. L'avertissement ultime, la punition finale. Et la vengeance. Vingt ans de vengeance, de morts, de sang et de torture. Vingt ans à traquer et massacrer tous les criminels de cette putain de région. Vingt ans à frapper les cadavres et à les défigurer pour que personne ne les pleure. Puis la lumière. Une petite fille jeune et fragile. Un besoin évident de protection et de surveillance. Un attachement dépassant le strict cadre du garde du corps.

Je suis un tueur, Ellesya. Le pire de tous. Je ne vaux pas mieux que les brigands que j'ai traqués des années durant, et les coups que j'ai reçus je les ai rendus au centuple. Le Très Haut ne m'acceptera jamais à ses côtés après tout ce que j'ai fait. Mais il me sera encore plus insupportable de ne pas vous proposer une dernière fois mes services.

Serrant la mâchoire et le poing il tentait de conserver le peu de contenance lui restant encore, regardant avec une once de fierté la jeune femme qui lui faisait face, tentant de raviver sa flamme et sa force.


Disposez Louveterie. Ordonnez. Demandez. Je vous le dois. Pour tout ce que vous avez fait pour moi.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 2 Fév 2014 - 15:19

Empathie et confiance. Envers un homme que n'importe quel guet aurait transpercé d'un carreau au crépuscule en le voyant approcher. Non, elle n'était pas la naïveté incarnée. Le frère de sa mère n'aurait jamais cherché à lui nuire. Elle savait aussi maintenant qu'Yvaniès faisait partie de son passé. Il avait fallu le temps pour que les ténèbres du doute ne soient chassées par la clarté de la reconnaissance. La lumière n'en était pas moins venue.

Avant de s'ancrer en Touraine et la disparition du loup blanc, il y eut des périodes où elle s'était trouvée insolemment chanceuse alors qu'elle voyageait seule sur les routes du royaume. Elle avait mis cela sur le compte des Fléaux, espérant au fond d'elle même que si ils s'étaient dispersés à la mort de leur employeur, certains étaient restés attachés à sa personne et la veillaient. Alexander ou son ainé... Sans comprendre qu'ils restent dans l'ombre.
Espoir vain.

A la mort de Rassaln, elle leur avait été confiée. Parce qu'elle avait 6 ans et qu'à cet âge, c'était leur lot, à ses frères et elle, d'être éduqué et servir hors de leur foyer. Parce que c'était aussi le seul enfant que Morgwen pourrait un jour donner à Kreuz.
Ceux de Menthon avaient-ils su ? Leur compétence lui avait toujours semblé sans borne. Ils étaient si consciencieux et sans pitié. Dans bien des domaines mais surtout de ceux que son oncle semblait également maîtriser.

Sourcils froncés, lèvre mordue encore. Et une main doucement enserrée par cet homme qui semblait se livrer corps et âme devant elle. A elle ?
Le pouce de sa main libre essuyait sans trop de succès l'eau qui le submergeait.

Les fantômes qu'elle avait perçu plus tôt prirent vie. Une âme damnée n'a plus d'épouse... Quant à sa fille...
Sans tout dévoiler, ses paroles étaient éloquentes. Le dessein de Delle se fit clair également pour la jeune femme.

Ce qui le fut beaucoup moins, ce fut son propre élan. Sans vice, pour autant.
Ses lèvres se posèrent le temps d'un clignement de paupières sur celles d'Yvaniès. Puis sur une larme dont le sel aiguillonna la lèvre meurtrie.
Un baiser. Il y en avait de tant de sortes, selon les liens. Envers un père, un fils, un amant, un époux, un vassal, un suzerain...
Il y en eut un pour cet homme meurtri. De cette jeune femme qui accepte et envisage de pardonner malgré toutes les questions en suspens. Parce qu'il est meurtri profondément, différemment d'elle, et que derrière l'âpreté de ses aveux, elle voit qu'il n'est pas qu'un « tueur ».

Le regard un peu flou mais infiniment moins que son esprit, l'orpheline épongea l'eau des joues du messager qui ne l'était plus, du bord des manches de sa chainse. Et s'efforça de parler.


N'ayez pas l'orgueil de préjuger du verdict du Très Haut.

Disposer. Ordonner. Demander... Soit. Elle savait quoi y répondre, quoi répondre au reste de son propos aussi. Mais pas ici, pas comme ça.

Quittons cette salle. Conduisez moi à votre chambre.

Sa voix avait regagné sa fermeté, espérant qu'il ne discute pas sa demande présentée comme un ordre.
Les nuages de son regard s'étaient dissipés.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 2 Fév 2014 - 16:26

Il lui avait offert ses services. En cet instant, il avait presque imploré un ordre, un commandement, de quoi le remettre sur la voie du devoir et de l'obéissance. Car si la liberté l'attirait, elle le terrifiait tout autant. Empli de ce savoir et de cette force, il se sentait une puissance nouvelle et une stature différente. Vingt ans sans décider. Il ne pouvait s'en départir en claquant des doigts. Provence, sirènes attendraient leur heure, car ici, et maintenant, un lien restait enroulé autour de sa cheville.

Elle lui avait répondu. L'espace d'un instant, ses lèvres avaient touché celles de la petite fille qu'il avait tant aimée. Sans vraiment comprendre son geste, sa tendresse, sa prévenance. Sans vraiment en saisir la portée, l'intention. Perdu dans sa douleur et ses souvenirs, il s'était raccroché à la première corde pour s'extirper du puits. Il avait saisi cette douceur infinie, ces doigts qui écrasaient sur ses joues l'eau salée qui ruisselait, ce tissu appliqué à la hâte pour contenir l'hémorragie lacrymale, ce baiser... L'avait-il vraiment compris ? L'avait-il vraiment saisi ? Ses pensées étaient alors trop floues pour vraiment se décider.

Bien que murmurés, ses mots étaient des directives. Réflexe gravé. Il se releva, le dos encore un peu voûté et courbé par l'instant. Reprenant vite ses habitudes de protecteur aguerri aux dangers des lieux publics. Se plaçant entre la jeune femme et les quelques poivrots présents, qui n'avaient pas du comprendre grand chose à leur échange, la main sur la garde de sa miséricorde, les traits tirés, concentrés.

Peu à peu, son esprit se replaçait, se remettait en route, analysait et comprenait le passé récent. Elle était Louveterie. Elle l'avait embrassé. Si un seul de ces lourdauds connaissait son visage... la rumeur allait courir comme une trainée de poudre allumée par un artificier fou. Il ne fallait pas tenter le diable. Il aimait par trop s'amuser de ces situations équivoques.

Prévenant, il lui offrit son bras, celui qui ne s'occupait pas de l'arme, et, après un coup d'oeil circulaire jeté à la salle commune, prit la direction, d'un pas lent et assuré, de l'étage de l'auberge où se trouvait la chambre qu'il louait pour l'occasion. Ensemble ils gravirent le petit escalier de bois vermoulu, dont le grincement caractéristique de la qualité de fabrication et d'entretien mettait fin définitivement à toute tentative de comportement discret et peu bruyant.

En haut des marches, le couloir qui s'offrait à leur vue était sombre et dans le ton de l'endroit. Sa chambrée était la dernière au fond. Là aussi, vieille habitude... quitte à se retrouver piégé, il s'offrait le temps du couloir pour réagir et préparer sa riposte. Le vieux mercenaire ne se départissait pas facilement de sa formation martiale.

Silencieux, toujours, ils traversèrent les mètres les séparant de l'huis. Il relâcha alors sa prise sur son bras pour l'ouvrir avec précaution, jaugeant d'un regard sa sécurité et son silence. La pièce était simple. Un lit sommaire, une chaise à la solidité hasardeuse, une petite fenêtre, sous l'inclinaison du toit, qui n'offrait, à un homme de sa carrure, qu'un mince espoir de pouvoir s'échapper. Au moins laissait-elle rentrer un peu de jour, et de froid aussi, froid que devait combattre la petite cheminée qui terminait la composition d'ensemble.

Assuré qu'ils ne risquaient rien, il fit pénétrer Ellesya et referma derrière eux la porte, sans la verrouiller. Si elle semblait lui accorder une certaine confiance, il ne tenait pas à ce qu'un geste déplacé ou suspect fasse sauter ce lien fragile qui, quelques heures auparavant, ne se devinait même pas. D'un geste de la main il lui indiqua le bord du lit, jugeant la chaise décidément trop fragile.

Asseyez-vous et pardonnez la vétusté et les conditions de l'accueil... Je n'ai ni fortune ni privilèges en ce monde. J'ai honte d'ainsi vous recevoir, mais je n'ai guère le choix...

Surement afin de compenser cet état de fait, il entreprit de s'affairer dans la pièce. Allumant un petit feu dans l'âtre afin de réchauffer l'endroit, cherchant sa bouteille de vin épicé de voyage, ainsi que deux verres qu'il emplit à moitié. Si la bienséance et le protocole n'avaient jamais été ses priorités, il se sentait en cet instant un peu honteux du fossé social qui les séparait. Non pour lui. Il en avait pris l'habitude et connaissait ses forces. Mais pour elle. Dont la réputation pourrait se trouver entachée de l'avoir fréquenté de trop près. Si aucune rumeur ne courait sur lui dans cette partie du Royaume, son visage scarifié et son attitude morgue ne devaient guère jouer en sa faveur.

Enfin, il cessa ses préparatifs, tira la chaise énigmatique et s'y assit... sans choir. L'exploit passé et homologué, sur de son équilibre précaire, il plongea ses yeux encore rougis dans ceux de la jeune femme. Si sa voix se voulait assurée, elle devait trahir l'émotion qui le tenaillait. Il se pourrait même que ses mains tremblaient encore des différents chocs infligés à son coeur. Les coudes sur les genoux, les mains jointes, penché vers elle, il reprit l'entretien qu'ils avaient interrompu en bas:

Nous voila seuls, Ellesya... vous pouvez parler librement... Sans craintes.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 3 Fév 2014 - 15:15

Les murs qu'elle avait voulu voir disparaitre plus tôt dans la rencontre lui étaient maintenant nécessaires, à rapprocher, pour contenir tout ce débordement émotionnel, pour faire oublier le temps et le lieu, les gens. Voilà pourquoi, dans son désir de bouger de ce lieu, elle avait opté pour la chambre et non l'extérieur. Une intimité salvatrice après tout ce qui s'était dit et passé.

Qu'on eut vu son geste, la direction prise après celui-ci, lui importait peu. Que des conclusions logiques mais hâtives en soient tirées, l'indifférait au plus haut point. Des mauvaises langues avaient déjà essayé de l'atteindre par le passé, alors que jusqu’à l’année dernière, tout ce qu’elle avait « commis » était un jour un chaste baiser avec son chapelain à l’aube de son ordination. Qui fut différée d’ailleurs. Pour d’autres raisons. Pourtant elle n’était plus si jeune, c’était le vingt-deuxième hiver qu’elle vivait là. Et elle avait également eu son lot de commentaires sur le fait de finir vieille fille. Il y en avait toujours pour tirer un fielleux parti de n’importe quelle situation. Son indifférence était sa réponse. Elle n'était pas frivole et seul le Très Haut pourrait juger son âme le moment venu. Nul autre n’en avait le droit et le pouvoir.

Toutefois… la crainte d’avoir indisposé Yvaniès la tenailla lorsqu’elle marchait à ses côtés. C’était bien la seule chose dont elle se préoccupa quelque peu. Son esprit était sondé avec insistance pour comprendre les motivations de ces actes qui s’étaient imposés dans ces circonstances bien précises. D’autres mots, d’autres réactions, d’autres personnes. Et le résultat aurait été différent.
Passant l’huis, elle en vint à espérer qu’il ne lui demanda pas le pourquoi.

De son côté, il semblait s’être repris, attisant d’autant la curiosité et la crainte que de la jeune femme pouvait ressentir au sujet de la suite de leur rencontre.
D’un regard circulaire, Sya enregistra les détails des lieux. Pas de surprise, pas de gêne. Qu’il le soit, lui, l’étonna et raffermit l’assurance qui s’était étiolée dans les doutes.

A l’invitation, elle ne se fit pas prier. Elle se défit de son baudrier, l’enroula autour du feurre de Promesse et déposa le tout contre le pied du lit. Les gants récupérés sur la table en quittant la salle de l’auberge atterrirent dessus. Ensuite, elle investit docilement l’esponde du lit.
Tandis qu’il s’affairait, la jeune Louve l’étudiait, avide de rassembler les éclats de souvenirs diffus.
Une manière de se mouvoir, un regard. Tout était bon à prendre pour combler le vide, le rattraper un tant soit peu puisque lui savait presque tout d’elle.
Quand on a l’odeur du cochon grillé en guise de madeleine de Proust, la mémoire n’est pas nécessairement la même que le commun. Surtout quand on est gamine, que le cochon était le gras tavernier de la Rose et du Gratte-cul où Kreuz l’emmenait lorsqu’ils étaient en virée dans la capitale francilienne. Et l’odeur de cuisson, une cautérisation en règle du pauvre homme que les Fléaux avaient délesté de ses attributs virils.

La chiche chaleur du feu brisait la fraîcheur de la chambre. Le glougloutement du vin tira un sourire à l’ambacienne. Yvaniès avait pris place, plus paisible en apparence que dans la salle commune. Peut-être était-ce le trop plein d’informations reçues et de questionnements soulevés, sans oublier tout ce qui était remis en question et l’invraisemblable découverte… oui, peut-être était-ce le fait qu’il y avait trop à gérer sereinement qui avait permis à la jeune femme de s’en détacher un peu, se raccrochant à certaines méthodes ou attitudes.
Avec un sans-gêne tout à fait calculé, elle retira ses bottes tranquillement et s’assit en tailleur, les mains sur les genoux et le dos droit face à l’homme penché vers elle.


Je ne vais pas déguerpir tout de suite. Et quant à cet endroit, il me convient très bien. Le décor m’importe peu.
Mais je découvre que mon oncle vous a fort mal rémunéré pour un si long service.


Son ton était celui de la discussion, sans condescendance, pitié ou défi. Pour donner le change sur ses propres tumultes intérieurs.
Un léger froncement de sourcils en observant la miséricorde mais qui ne s’attarda guère dessus. Deux yeux gris aspiraient son attention.


Je n’ai aucune crainte.

Un fin sourire vaguement teinté d’espièglerie glissa de ses lèvres jusqu’à son regard.

Je suis devenue louve mais la walkyrie n’est jamais très loin.

La fin de Rhuyzar vous libère de son service, n’est-ce pas ?
Je ne vous ordonnerai rien. J’étais l’objet de votre mission, pas le commanditaire.

Je vous ai sauvé, sans rien en savoir. Vous m’avez aimé, sans que je le sache.
Cela vous appartient, vous ne me devez rien pour des choses dont je n’avais pas conscience.


Le temps de la réflexion, elle se mordilla l’intérieur de la joue, cherchant ses mots. Sourcils froncés à nouveau.

Pas la conscience, oui. Mais je sais maintenant que vous étiez en filagramme dans mon existence. Cela me fait … quelque chose.

Petite moue d’autodérision. Quelle éloquence et quel choix judicieux des mots…

Puis la requête vint, d’une voix plus fluette causée par la crainte d’une certaine réponse. Ou d’un malentendu.


Je ne sais exactement ce à quoi vous aspirez, votre volonté profonde en venant à moi, en me confiant ces clés sur mon histoire et la vôtre. J’aimerai que ce ne soit pas pour repartir dans l’ombre.

C’était un bien finalement que tout se joue ici et non à Amboise, Paris ou tout autre endroit où son rang, ses liens, le monde dans lequel elle évoluait et qu’elle fuyait parfois pour ne pas se perdre elle-même, n’était qu’un vague détail selon elle.
Peut-être étudierait-il sa demande d’une personne singulière à une autre, sans parasitage.


Voulez-vous rester dans ma vie, Yvaniès ? Me compter dans la vôtre.
Libre d’engagement, d’agir à votre guise. Mais en me permettant de vous connaître et vous offrir une place, consciemment, cette fois.


La princesse de Montlhéry n’est et ne sera jamais que celle du nid d’aigle d’Annecy, au fond.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 3 Fév 2014 - 16:00

Les barrières semblaient tomber les unes après les autres. Ellesya, elle-même, s'était départie de son attitude droite et fière, celle qu'elle adoptait certainement dés qu'elle se trouvait en public, pour se relâcher, redevenir une simple jeune femme confrontée à un fait inconnu de son passé. La découverte devait être pour elle singulière, qui avait grandi au milieu de spécialistes de la Cour, des intrigues de couloirs et de complots en tout genre. On lui révélait, après tant d'années, qu'un veilleur silencieux avait trainé dans son ombre et celle de sa famille. Un homme de guerre, de sang et de crimes. Un homme peu fréquentable et pas vraiment présentable au milieu des fastes et des bonnes manières. Un homme qui ressemblait par certains traits à cet oncle invisible dont la venue signifiait bien trop souvent malheur et tristesse...

Et cet homme là avait quitté la noirceur des recoins pour se présenter à elle. Détenteur des derniers mots du Corbeau, il avait accompli son ultime quête, anodine en apparence, et qui pourtant revêtait à ses yeux une importance plus grande que toutes les morts qu'on lui avait commandées. Car il entrevoyait enfin la lumière et le début d'une possible rédemption. Mettre fin à cette route sanglante et macabre. Il le fallait. Il y laisserait et sa vie et son âme autrement.

Se renversant dans son siège, il regarda la louve parler. Captant les mots, les sons, mais hypnotisé surtout par la soudaine assurance et chaleur qui se dégageaient d'elle. Son caractère, il le connaissait. Mais ces années, où il avait été absent, l'avaient visiblement transformée. Il ne souhaitait pas fouiller plus avant, pas sans sa permission. Il n'était plus mandaté pour elle. S'il devait la comprendre, il devrait le faire à visage découvert et sans ruse. Même si les vieilles habitudes...

Sa voix redevenue grave et posée trancha surement avec la dernière impression laissée dans la salle commune. De l'homme brisé, anéanti de chagrin, il ne restait pour traces que les sillons salés des larmes tracés sur ses joues balafrées. La douleur n'en avait pas pour autant disparu, elle s'était réfugiée dans ces parties du corps où, contenue, elle pouvait se délasser à loisir en attendant une crise prochaine.

Votre oncle n'avait plus guère de fortune. La plus grande part de son argent a servi à aider ces hommes basanés qui l'accompagnaient. Des guerriers Hafsides. Dans ses voyages il a connu Grenade, et s'est épris assez de ce lieu pour tenter de l'aider à survivre... cette oeuvre là est aussi restée méconnue...

Mais, je n'ai de toute manière jamais travaillé pour la fortune. Le rôle que j'ai eu ne laisse que rarement le loisir de profiter d'une retraite dorée. On prend trop de risques, on se fait trop d'ennemis. C'est un miracle que je sois encore là à vous parler. Je fais partie de ceux qui restent en vie pour pleurer tous les autres. Et je n'ai pas besoin d'argent pour ça...

Il marqua une pause, encore. Cherchant ses mots, cherchant ses idées, cherchant à lui répondre avec justesse et sincérité. Sa proposition était des plus alléchantes, mais son entourage approuverait-il l'arrivée d'un tel homme ? Que dirait-on de la présence d'un mercenaire mal dégrossi au milieu des blasons ? De l'éducation, il en avait, mais son apparence laissait par trop à désirer pour être accepté ou même toléré par la classe sociale à laquelle elle appartenait.

Mais il était las, aussi, de vivre caché, reclus, méfiant. Sa récente installation à Annecy lui avait montré une autre manière de vivre, d'exister, de regarder les gens. Oh, bien sur, son passé chargé le laissait enclin à une profonde prudence vis à vis des autres, mais il avait aimé être regardé autrement que comme un chien de guerre prêt à mordre. Un merci bien donné, lui procurait un sentiment nouveau et réconfortant. Cela il ne le disait pas, mais il le ressentait.

Et en cela la requête d'Ellesya le touchait au plus profond. Car même le Corbeau ne lui avait jamais témoigné une telle affection. Fermé, brisé, il se laissait mourir patiemment et avec sagesse, mais pas une seule fois il n'avait virilement serré l'épaule d'Yvaniès. Ensemble ils avaient oeuvré. Amis, ils n'étaient pas. Rhuyzar n'en avait plus. Et de voir cette enfant qu'il avait ainsi malmenée lui tendre cette sincère et charitable main lui faisait prendre conscience du retour qui peut exister entre deux être qui se comprennent. Quelque part il pouvait, il se devait de l'accepter. Autant pour lui, que pour elle. Le lien naissant ne devait pas disparaitre.

Oui, je suis libre, désormais. Je suis sorti de Ryes, je vous ai parlé, j'ai rencontré l'héritier de Thenestohs et de Rethun Von Valendras. Mon service est achevé, mon futur m'appartient.

Et je ne souhaite pas le passer dans l'ombre. Je n'en ai plus la force. Mon corps a vieilli et souffert. Mon âme s'est usée à trop combattre le mal par le mal. Je ne veux plus être le bras armé d'une quelconque cause, d'un quelconque vengeur...


Je suis las Ellesya, terriblement las, et fatigué, jusqu'au plus profond de mes os...

Ces derniers mots avaient été prononcés dans un soupir, car ils recelaient une vérité qui n'était que trop vraie. La jeune femme comprendrait surement le poids de ses tourments, mais elle ne saisirait pas la réalité physique qui s'y cachait. Car l'effet des plantes, peu à peu, s'amenuisait. Ce qui avait tué Rhuyzar s'évacuait de son corps et ne laissait que des cendres fumantes. Ce feu qui l'avait brulé et rendu invincible des années durant, le détruisait maintenant et reprenait tout son bien. Il s'endormait, souvent. En plein jour notamment. Et il cauchemardait des heures durant en essayant de reprendre le dessus sur lui-même.

Je veux vous dire oui. Je veux rester près de vous, comme il en a toujours été. C'est la seule mission que je souhaite poursuivre. Pas pour votre oncle, pas en souvenir d'un quelconque membre glorieux de votre lignée, mais bien parce que vous êtes la seule lumière qui a éclairé mes vingt dernières années. Bien que vous ne me connaissiez pas, que je ne sois, en vérité, qu'un homme de votre oncle, je ne veux pas vous perdre... C'est étrange, dit ainsi, mais c'est bien ce que je ressens.

Et il ne mentait pas. La lumière qui brillait dans le coin de son oeil en était la preuve absolue.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 3 Fév 2014 - 21:54

Vous voudriez d'une retraite dorée. Je serais en mesure de vous l'offrir.
Pas d'effacer le passé, pas de faire renaître les morts. Mais terres, titres, argent, confort luxueux...


Elle ne le disait pas pour qu'il se récrie ou accepte. Elle énonçait un fait. Elle avait l'habitude de prendre soin des gens auxquels elle était liée. Sans demander en retour, hormis le respect dû à tout être humain. Et de ne pas lui nuire. Même pas de la servir.

« Rester en vie pour pleurer tous les autres » C'était ce qui avait failli la briser définitivement. Tirée de sa macabre survie par des sans couronne, sans foi, sans loi aussi, elle s'était découvert une nouvelle volonté de vivre et de rebondir. Une audace dans certaines relations aussi. L'envie de jouer avec ce que lui offrait le destin, comme de profiter de la rencontre présente et d'offrir la confiance et la chaleur dont d'autres l'avaient baigné alors qu'elle était d'une froideur mortelle.


Ce n'est pas ma fratrie, mes pairs qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui.
Le sang ne fait pas tout, loin de là.


Combien de fois avait-elle été confrontée à ce qu'on lui avance la différence de rang, comme si cela empêchait quelque lien sincère que ce soit. De son enseignement aristotélicien, elle avait surtout retenu le concept d'Amitié. Les nobles avaient certains devoirs et droits, mais n'en étaient pas moins des êtres de chair et de sang, de vices et d'espoirs, de maux et de jouissance. Voilà une des raisons de sa présence à la Forteresse.

Les confessions d'Yvaniès lui parlaient intimement. Si il avait reporté une partie de l'amour du à une autre sur elle, il représentait aussi ceux qui avaient disparu, une chance de panser certaines plaies.


Mon oncle. Il devait se douter du résultat en vous mandant jusqu'à moi. N'est-ce pas?

Songeuse, ne sachant pas non plus comment répondre à ce qu'il lui avait dit sur ce qu'elle représentait pour lui, pudique par moment, elle préféra les actes.
Elle tira d'une bourse deux bandes de lin et sauta bas de la couche.


Je vous l'ai dit, vous êtes libre mais toujours le bienvenu près de moi. Qu'importe le lieu. Je me fiche de ce qu'on peut dire ou penser.
Et si vous avez besoin de moi, faites le moi savoir. Mon oncle est devenu corbeau, il n'a pas du oublier que les loups veillent sur ceux qui leur importent.


Emportant son vin, elle s'accroupit devant la bassine et en vira le broc qu'elle posa juste à côté. Sans gaspiller, elle mouilla l'un des linges et but en quelques longues gorgées le reste du vin.
Elle était vive bien que fatiguée par les émotions maintenant retombées. La nuit les raviverait sûrement, comme souvent lorsque la nuit apportait avec elle toutes les sombres songeries. Le linge propre et sec fut posé sur un genou de l'homme. La main meurtrie fut happée dans le même mouvement qui la fit atterrir en douceur sur le sol en tailleur.


Ca manque un peu de fraîcheur. Je me permets.
J'ai besoin d'être occupée.


Un sourire refleurit, d'amusement.
Puis elle découvrit la main et y appliqua soigneusement le linge alcoolisé.


C'est le genre de choses à supporter avec moi. Autant vous annoncer de suite la couleur.
Enfin, en général, j'attends le consentement ou la requête. Mais vous me pardonnerez cet écart ? De toute façon, c'est trop tard...


Un court silence s'installa. Certaines questions revenaient à la surface, mais chaque chose en son temps. Elle était de nouveau à l'étude et au test. autant de lui que d'elle-même.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mar 4 Fév 2014 - 9:21

Il est faible de dire qu'Yvaniès fut surpris de l'initiative de la jeune femme, mais seul un hochement de tête silencieux répondit, dans un premier temps, à son interrogation amusée. La tension était encore trop grande et trop présent dans son corps pour qu'il refuse de poursuivre ainsi sa lente descente vers le calme et la sérénité.

Mais, gêné de voir ainsi Ellesya installée à ses pieds, il repoussa la chaise branlante, se redressant avec une visible difficulté, et força son corps à se plier à sa volonté en s'asseyant, dans un tailleur digne des plus grands maîtres taoïstes, face à elle. Ainsi posé, face à elle, la gêne disparut aussi vite qu'elle était venue, et il la laissa oeuvrer à panser sa plaie redevenue rouge sous l'effet de sa nervosité récente.

Je vous pardonne. J'imagine que je n'ai de toutes façons pas le choix. Je crois assez connaitre votre caractère pour savoir que vous refuser une décision est illusoire.

Un léger sourire amusé naquit sur ses lèvres. Même si elle se cachait derrière le besoin d'occuper ses doigts, il était touché de l'attention que manifestait la louve à son égard. Oui, les loups veillaient les uns sur les autres, et c'est bien dans cette optique que le vieux corbeau décati l'avait missionné à la surveillance de son indirecte descendance.

Tandis que les mains agiles d'Ellesya défaisaient le bandage usé et découvraient la plaie réouverte qui courait du dos de sa main à ses jointures, ses pensées l'assaillirent. Sa réflexion était des plus justes. Rhuyzar ne faisait jamais rien au hasard. Il avait depuis longtemps perdu sa fougue et son impulsivité. Tout était désormais pesé, calculé, analysé et prenait part à un plan bien plus vaste et construit qu'on ne pouvait se l'imaginer. Ali était resté pantois le jour où il lui avait enseigné les règles de ce jeu dérivé de la dame enragée des occidentaux. Les échecs n'en avaient pas été pour le noble Cornu.

Je ne veux pas d'une retraite dorée, d'une rente confortable et d'un petit lopin protecteur. Je veux vivre et profiter des années qu'il me reste. Je ne sais à quoi je vais les occuper, mais l'oisiveté me tuerait par trop. Je serais comme tous ces vieux militaires qu'on pousse à s'enfermer dans les campagnes, je dépérirais.

Son regard cherchait celui de la petite. Car si le récent savoyard maitrisait bien les mots, il parlait encore davantage avec les yeux. Et toujours dans un dialogue, sondait-il son interlocuteur pour jauger sa franchise et sa bienveillance. Mais cette fois c'est parce que ce qu'il avait à lui dire ne pouvait se résumer à quelques lettres. Car quiconque aurait plongé dans le gris de sa vision, aurait alors ressenti une profonde nostalgie, emprunte à la fois de tristesse et d'espoir.

Je veux guérir.

Trois mots pour résumer ce qui le poussait à avancer encore. Cette lumière au bout du tunnel l'attirait, même s'il savait la route terriblement longue. Il frissonna de fatigue, tout son corps tremblant, glissant un peu plus vers l'abandon et le relâchement complet.

Rhuyzar avait compris, je crois, ce qui faisait de moi un si bon serviteur. Je ne sais ce que Bralic lui a dit lorsqu'il lui a cédé la direction de ses hommes, mais j'imagine qu'il devait posséder sur nous tous plus d'informations que nous n'en aurons jamais. Je suis persuadé qu'il savait pour ma femme et ma fille et que, sans jamais me l'avouer, il a cherché, à sa manière, à réparer le mal fait... Sous ses dehors terribles de soldat impitoyable, il y avait en lui une absolue humanité que je n'avais jamais vue... Il se chargeait du poids des fautes pour que ses Frères puissent parader et apporter la lumière du Bien. Il surveillait avec application chaque fait du Royaume, chaque information, et il tirait les fils pour en comprendre les causes. Puis, lorsqu'il saisissait le sens, il agissait, en silence, sans vagues, nous mandatait et réglait le problème en toute discrétion. Parfois, lorsqu'il le jugeait utile, il se fendait d'une déclaration ou d'un avis, mais cela était toujours calculé, aux conséquences pesées.

Il n'avait jamais raconté ainsi le Corbeau à quiconque, préservant son secret et ses actes. Car il le savait, le Bâtard ne cherchait aucune reconnaissance, aucun hommage. Seule lui importait sa cause. Et cette image qu'il s'était toujours efforcé de renvoyer était sa plus puissante armure. On ne peut détruire un homme qui n'aime pas. Ou qui ne le montre pas.

J'ai parfois envie de croire qu'il m'a envoyé près de vous pour me sauver et m'éviter sa fin. J'ai le sentiment que c'est son au revoir à notre collaboration, qu'il me remercie silencieusement et me pousse hors de son monde. Maladroitement, comme chaque fois qu'il s'affaire à quelque chose de personnel, mais oui, il sait ce qu'il fait, j'en suis sur. Il a compris, dans mes rapports, que veiller sur vous ne m'apparaissait pas que comme une mission. Il a provoqué cette confession et me laisse maintenant en faire ce que bon me semble...

La douleur ravivée dans sa main lui provoquait de cours et imperceptibles tremblements. Les dents serrées il regardait Ellesya s'affairer à nettoyer le massacre et sa dernière crise de rage. La peur le reprit quelques instants en songeant à ce dont il était capable en de telles occasions et au mal qu'il avait à contrôler ses émotions. Mais il ne voulait plus s'effacer et disparaitre. Aucune de ces solutions n'était, de toutes façons, entièrement satisfaisante. Autant choisir le meilleur des compromis. Même s'il était un doute qu'il souhaitait dissiper, au plus vite:

Je vais rester à vos côtés. Puisque le souhait est partagé. Mais je ne veux pas être un poids à votre existence. Vous ne me devez rien non plus. Le choix ne fut pas votre d'imposer ma présence silencieuse. Je ne désire pas que vous vous sentiez redevable de quoi que ce soit envers moi-même ou votre oncle. Ma présence pourrait choquer votre monde. Je n'ai pas pour habitude de m'incliner... j'ai ma propre noblesse, qui vient de mes actes et je n'ai aucun respect pour les blasonnés arrivistes qui ne vivent que sur leur nom. Votre noblesse je la respecte. Pas par amour ou souvenir, mais parce que vos titres servent vos actes et s'y trouvent utiles. Et si je ploie le genou face à vous, ce n'est pas par égard à votre rang, mais bien à votre personne et à vos faits. Entendez bien cela, Ellesya. Je puis faire preuve de retenue, pour vous, mais j'ai la désagréable habitude de ne pas me taire quand j'estime avoir quelque chose à dire. Je ne voudrais pas que votre gentillesse vous provoque des difficultés par ma faute...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mar 4 Fév 2014 - 16:56

Elle n’avait pas vraiment escompté qu’il quitte son siège et se mette à son niveau. C’était une des possibilités qu’elle avait envisagé, simplement, comme d’autres. Mais elle était satisfaite qu’il l’eut fait malgré tout. Si Sya avait l’air de jouer, de s’amuser à déstabiliser son interlocuteur, c’était le meilleur moyen qu’elle avait trouvé, dans certains cas, pour se défaire des freins mondains et étudier les réactions des gens. Et puis… son empathie était réelle. Comme son désir de ne pas voir les autres creuser des fossés alors qu’elle désirait les combler.

La plaie n’était pas toute neuve mais s’était ravivée. Elle s’interrogea sur son origine mais n’en toucha mot pour l’instant, se contentant de répondre au sourire qu’il lui avait offert en sous-entendant qu’elle pouvait se montrer butée. Ce ne serait pas son époux qui démentirait.

Bien postée face à lui, Ellesya accepta son regard et ses paroles. Un sentiment de gratitude naquit pour celui qu’elle ne reverrait jamais. Une chaleur se répandit dans le creux de son ventre et estompa les reproches.
L’écoute fut attentive, sans interruption. Malgré l’inconfort du sol. De toute manière, c’était sa faute à lui ! Il n’avait eu qu’à s’installer sur le bord du lit comme elle plutôt que d’opter pour le siège branlant. Question inconvenance, ils n’étaient plus à ça près…

Après son nettoyage en règle, elle conserva la main meurtrie dans la sienne pour qu’elle s’assèche et qu’il n’échappe pas à la suite. Ce faisant, la jeune louve l’écoutait avec attention, savourant plus qu’elle ne l’aurait avoué cette paix nouvelle après l’ouragan invraisemblable dans lequel ils avaient été mêlés. En convenant de leur rencontre, il lui aurait été impossible pour elle d’imaginer ce qui en découlerait.
Quelques heures auparavant, Yvaniès se présentait plein de mystère et de morgue au poste de garde. Comme un simple truchement. Maintenant, il lui livrait tant d’informations, verbales ou non, prouvant que la confiance était réciproque et qu’il y avait quelque chose à construire.
Combien de visage avait-il montré en quelques heures ?

Cette pensée n’avait rien d’effrayant. Au contraire. Cela avait un côté familier, trop longtemps exempt de sa vie.
Le passé les liait, même si ils s’étaient affirmés ne rien se devoir. C’était bien pour l’avenir que leur besoin l’un de l’autre était réciproque. Ce constat avait quelque chose de réconfortant.

Les tremblements n’auraient pas échappé à un aveugle. Aussi, Sya se résigna à abandonner la main qu’elle avait conservé et, avec la souplesse de son âge, fut rapidement sur ses deux pieds. Du bois vint nourrir le feu et elle en rapprocha le vin qu’Yvaniès possédait encore. Ce faisant, elle se rendit compte qu’outre la fatigue profonde qu’elle ressentait, son estomac n’était pas en reste. La lueur du jour avait changé mais l’artisan où elle s’était pourvue en viande plus tôt dans la journée serait sûrement encore à l’ouvrage. Elle ne comptait se rabattre sur ce qu’offrait l’auberge qu’en dernier recours.
Sa petite activité lui avait permis de réfléchir à ce qui venait de lui être dit. Aussi, tout en reprenant place et retirant une écharde piquée dans son bas, elle répondit enfin.


J’ai connu mon oncle absent ou bienveillant, sans ignorer toutefois qu’il pouvait être tout autre. Je vous sais gré de me parler ainsi de lui. Je ne suis pas choquée par ce que vous m’avez révélé tantôt, comme vous avez pu le voir. Je suis contente qu’à l’aube de son ultime disparition, au moins une personne de son sang puisse avoir un portrait un peu plus véridique de qui il était. J’espère que vous me parlerez encore de lui. Parfois.

Avec une douceur pensive, elle continua de parler et termina son ouvrage en rebandant de frais la blessure.

Vous savez, « mon monde » me prend déjà pour une originale au mieux, quand ils ne sont simplement pas abusé par mes manières en public.
Pour certains de ma famille, je suis juste une vieille avant l’heure qui adore la paperasse et les archives.
Pour d’autres, une tête brûlée indépendante qu’il faut raisonner.
Certains pensent que je suis la digne fille de mes parents et ne comprennent pas que je ne marche pas sur leurs pas.
Quelques-uns ont de l’amitié ou plus pour moi et désirent me protéger et combler le vide laissés par les absents comme si j’étais fragile et brisée.
La liste n’est pas exhaustive.
Je ne suis rien de cela et tout à la fois.
Ce qui veut dire que jamais je ne serai telle que l’on voudra que je sois. Et donc, que je ne m’en souci plus. Et là, je parle de mes proches. Autant dire que le reste de la société…


Son geste les envoya valser derrière son épaule tandis qu’un léger air mutin anima ses traits devenus las.
Son ton s’était animé, peut-être en partie pour contrebalancer la douleur encore perceptible chez lui.


Ceux qui me font confiance ou m’aiment font avec.
Vous ne serez pas le premier à trancher dans le décor que vous vous imaginez.
La seule chose qui peut me peser, c’est que vous laissiez cela parasiter nos relations à venir. Ou que par orgueil, vous ne profitiez pas de ce que je peux vous offrir. Comme de quoi vivre selon votre envie. Ne pas souffrir inutilement.

Quant aux difficultés que vous mentionnez, je crois plutôt que cela aura le bienfait rafraichissant de pimenter un peu les ronds de jambes et autres civilités. De toute manière, je ne suis ni votre mère, ni votre suzeraine, ni votre compagne. Aucun regard ou responsabilité sur votre mauvaise éducation et votre langue trop acerbe.
Si quelque chose ne me plait pas, je le dirai. Vous en ferez ce que vous voudrez. La réciproque est vraie aussi.
Nous n’établissons pas une relation féodale.

Et au sujet de ma gentillesse, si vous pouviez ne pas trop vous laissez attendrir, ce serait parfait. D’autres s’y sont faits prendre et maintenant me donnent le sentiment d’être une enfant pourrie gâtée.


Les questions sur son histoire lui brûlaient les lèvres, ainsi que d’autres encore. Et sa volonté de « guérir »… cela avait été dit avec une telle intensité contenue qu’elle voulait savoir tout ce qui se cachait encore derrière ce mal qui le rongeait.
Toutefois, beaucoup avait été dit et fait. Presque tout inattendu en ce qui la concernait. Alors son estomac lui susurra qu’il était tant de laisser décanter un petit peu les paroles et qu’un autre temps était venu.
Elle se releva, moins promptement que précédemment, mais toujours sans lui laisser émettre d’objection sur ses projets. La jeune femme avait trop de crainte de le voir la couper dans son élan. Aussi épuisés soient-ils, elle ne pourrait dormir tant que certaines lumières n’auraient pas été apportés et qu’elle se soit assurée que tout ce prélude à l’avenir n’était pas des paroles en l’air. Avec le risque de le faire saturer peut-être. Mais que faire quand ses actions, inhabituelles, relevaient d’un besoin presque viscérale de le retenir le temps qu’il faudrait.
Combien d’ « au revoir » s’étaient mués en « à jamais » ?
Le souvenir d’Yvan la prit au dépourvu et lui broya le cœur. Comme la vie était plus simple quand il ne battait plus…


Je vais chercher de quoi partager un repas acceptable.

Expliqua-t-elle en chaussant ses bottes vélocement.
Sur le pas de la porte, elle lança un « je reviens ».

Et elle revint effectivement (pas de chance !), vingt bonnes minutes plus tard en parfait chaperon rouge avec son panier de victuailles. Sauf que sa cape était grise comme tout écuyer. Et qu’elle n’avait pas peur du grand méchant loup.
Outre des pâtés encore tièdes de viandes de gibier et de volailles, entourés de pâtes dorées, elle était repassée chez la veuve pour régler une question et en était repartie avec une part de potage brulant dans un cruchon de grès, un peu de vaisselle, un demi-pain à la mie serrée et deux flacons de vins. Et un large sourire satisfait sur un visage rougi de froid. Ses mains aussi étaient bien refroidies autour du panier, puisque dans sa quasi fuite, ses gants étaient restés près de sa lame, sur la couche rudimentaire.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mar 4 Fév 2014 - 19:05

Sans mot dire, il enregistra ses paroles et les retint dans un coin de sa mémoire. Sans perdre le sens physique de la réalité qui l'entourait elle arrivait, contrairement à lui, à poursuivre leur discussion et leur échange. Peut-être était-ce la fatigue, la douleur, l'émotion qui le rendait ainsi impropre à gérer deux choses à la fois ? Les mauvaises langues auraient surement affirmé qu'il s'agissait uniquement d'une histoire de sexe, mais ne virons pas dans ces débats stériles qui ne tournent que trop peu souvent en faveur des hommes. Nous avons un héros, ne le dénigrons pas.

Toujours est-il qu'elle avait pansé sa plaie et ravivé le feu. Outre sa présence chaleureuse, ses petits gestes avaient contribué à rendre l'endroit plus agréable. La vétusté y était, certes, toujours de mise, mais au moins il faisait chaud et il risquait moins la gangrène. Peu à peu les traits du visage d'Yvaniès se détendaient. La douleur et la tension semblaient disparaitre, remplacés par une mélancolie et une fatigue à peine voilées. Heureusement le sol froid et inconfortable le maintenait dans un état bien éveillé.

Toujours silencieux, il la regarda s'apprêter pour sortir les approvisionner, approuvant son initiative par un bref hochement de tête. Son estomac aussi avait quelque peu été malmené aujourd'hui. Il n'avait avalé qu'un simple bol de gruau au matin, dans la grande salle, avant de se rendre à la Forteresse de Ryes. Depuis, aucun aliment n'était venu rassasier son corps qui avait, de plus, marché sur un petit bout de chemin.

Il regarda la porte se fermer derrière la jeune femme et se relâcha complètement, s'affalant sur le sol froid, les bras en croix, les yeux perdus dans le vide (ou dans le plafond de l'auberge, ce qui revient passablement au même, si ce n'est que, dans une auberge, la crasse niche dans le vide). Laissant le flux de ses pensées envahir son esprit et le submerger complètement.

Ne lutte pas. Abaisse les murs. Tu ne risques rien. Rêve...

La chaude et apaisante voix d'Ali venait lui dispenser ses éternels conseils. Il lui avait appris à survivre à ces crises, à se canaliser, à retenir le flot, puis à le laisser tout emporter sans rien détruire. Ces heures de discussion et d'échanges, d'émotions ravivées et de souvenirs ressurgis le possédaient pleinement à présent. Tout lui revenait en mémoire et tout l'écrasait. Lucie, Aelyn, Ellesya, Rhuyzar, Bralic, Ali... une armée de visages fantomatiques, grimaçant ou souriant, rassurant ou terrifiant le contemplaient en cet instant. Les moqueries succédaient aux mots doux et les ordres venaient se briser contre les conseils.

Papa... tu reviens vite hein ?

Les larmes s'échappèrent d'elles-mêmes, sans tristesse, sans douleur, comme si le flot, interrompu un peu plus tôt n'aurait du, en réalité, pas s'arrêter.

Trouve-le et tue-le. Jette son corps dans la Seyne et va-t-en au Bordel.

Le rire gras écarta tous les autres et ébranla, l'espace d'un instant, sa sérénité intérieure, le ramenant à la terrible réalité d'un passé beaucoup trop vécu.

Sois son ombre et ses pas. Ne la perds jamais de vue et veille à ce que jamais il ne lui arrive quoi que ce soit. Meurs pour elle, s'il le faut.

Perdu vieux Corbeau décati. Ce n'était pas la mort qui l'attendait au détour de cette ultime quête. La lumière, oui, la lumière...

Et les minutes passèrent lentement, au même rythme que les pensées et les pleurs, jusqu'à ce que de ces larmes ne reste qu'une sécheresse salée, des yeux rougis et que ces images ne se soient évanouies en fumée dans l'air et le vin.


Alors Yvaniès se redressa sur un coude, grimaçant de douleur, le corps tiraillé de courbatures comme après une terrible cuite, une affreuse gueule de bois. Sa bouche sèche et pâteuse, son dos voûté, tout le torturait et le rappelait au monde réel. Mais il avait réussi à ne pas s'effondrer devant elle, et ce qu'il restait de la crise, il pouvait le gérer, ou du moins le mettre sur le compte de son âge et de la longue journée. Celle-là aussi aurait bon dos.

Il réussit à se trainer jusqu'à la couche et s'assit sur le bord, se prenant la tête entre les mains, nauséeux et touché par une migraine épouvantable qui faisait résonner ses temps et l'intérieur de son crâne comme si les Vikings venaient de remonter la Loire... Il le savait, en cet instant une fiole l'aurait immédiatement remis d'aplomb, mais il les avait toutes détruites. Il se maudit intérieurement tout en se félicitant de cette présence d'esprit rare et fort à propos. Cette fiole l'aurait fait replonger aussi sec. Et il n'avait pas l'intention d'endurer tous ces tourments pour rien.

Le feu le consumait peu à peu de l'intérieur, il reconnaissait parfaitement les étapes. Il savait que viendrait le froid, la peur, encore les larmes, puis le relâchement et l'apaisante fatigue où l'esprit se vide de tout. Mais malgré ce savoir d'érudit, il enleva sa chemise, découvrant son torse couturé et scarifié, portant des marques caractéristiques de brulures ciblées et de coups précis. Sa peau était rouge et brulante et ses cicatrices le lançaient terriblement. Et pas de rivière gelée à portée...

Il en avait presque oublié la jeune femme. Presque. Car dans un coin de son esprit, il savait qu'il n'aurait pas le temps de laisser passer la crise. La dernière avait duré des heures. Cette pensée s'imposa vite dans sa tête, aux côtés de la douleur, et la recherche d'une solution se transforma en obsession. Que faire ? Lui dire ? Trouver un prétexte, alors même qu'à table il lui avait avoué le penchant de son oncle pour les drogues de guerre ? Elle comprendrait... elle venait de lui prouver qu'elle était loin d'être naïve et ignorante. Et le mensonge l'agacerait encore plus que la vue de l'homme en proie à ces horribles démons. S'ils devaient rester proches, elle devait savoir... avant qu'une autre crise ne survienne ailleurs que dans une chambre vide.

Respire... Souffle les flammes, éteints le feu... tu es le brasier... devient le foyer...

Comment avait-il fait pour graver ainsi ces mots dans son esprit ? Pour qu'ils ne surgissent qu'au moment propice et dans la bonne situation ? Les ressources d'Ali étaient vraiment mystérieuses et impressionnantes. Vieux sorcier basané empli d'une sagesse profonde que le moindre barbare aurait ressenti jusqu'au plus profond de ses tripes. Il émanait de lui une musique à la fois douce, puissante et énigmatique. Une symphonie si complexe que chaque note était un instant en soi, une parcelle de quelque chose, une vie propre et pleine. Il la ressentait soudain. Chaque accord, chaque rythme, chaque suite. Et le feu s'éteignait, peu à peu...

Et la musique cessa. La porte s'ouvrit, sur la louve et son panier, tandis qu'Yvaniès assis en tailleur, torse nu, sur la couche, les yeux fermés, les mains posées sur ses genoux, soufflait comme un plongeur remontant après un long temps passé sous l'eau. Il ouvrit ses paupières, découvrant ses yeux rouges et injectés de sang, comprenant soudain la présence d'Ellesya, un long frisson lui parcourant l'échine en s'essayant à imaginer ce qu'elle pouvait comprendre. Il ne pouvait pas bouger, il aurait rompu le cycle, qui se désagrégeait de lui-même peu à peu. Il ne put que prononcer quelques mots, maladroits.

Fermez la porte... Cachez moi... Je n'ai pas pu la contenir plus longtemps...

Et un vent glacé, de ceux qui soufflent en haut des montagnes et dans le grand nord, balaya les restes du brasier, la musique, le cycle. Il trembla d'un coup, ses muscles se raidirent et il se recroquevilla sur lui-même.

Du vin... s'il vous plait... donnez-moi de l'alcool...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mer 5 Fév 2014 - 15:03

Le froid et la coupure lui avaient fait du bien. Prévoir un repas à partager aussi.
Ses pensées s'étaient déjà éclaircies, les interrogations affinées malgré la fatigue plus nerveuse que physique.
Elle savait qu'elle faisait le bon choix en cet instant. Peu importe que Rhuyzar ait tiré les ficelles, les ait manipulé. Ou simplement parié sur eux. Le résultat seul importait. Et il lui convenait.

Outre la faim, sa sortie avait également pour objectif de les laisser respirer chacun de leur côté, d'assimiler brièvement tout ce qu'ils avaient emmagasiné en si peu d'heures. Avant de reprendre...
En marchant dans les ruelles vers l'auberge, la jeune louve avait également commencé à songer à l'avenir d'un côté pragmatique, concret et projetait donc d'en discuter avec Yvaniès. Si il lui assurait qu'il resterait à ses côtés, elle savait qu'il avait une vie propre à mener. Restait à voir s'il en avait déjà tracé les ébauches.


Le sourire qu'elle arborait sur le pas de la porte se figea devant la scène qu'elle découvrait. L'enthousiasme dont elle était encore capable à son âge retomba brusquement. Bon retour dans les montagnes russes émotionnelles !
Selon toute vraisemblance, l'esprit d'Yvaniès n'avait pas suivi un cheminement similaire à celui d'Ellesya.
Et sur l'instant, celui de la jeune femme fut chahuté, le temps d'un clignement de paupières où une décharge électrique avait cinglé ses reins, surimprimant sur la vision bien réelle le souvenir d'un autre homme marqué autant dans son esprit que dans sa chair et dont elle avait goûté le sel et respiré le souffle.

Une profonde et rapide inspiration lui rendit les rênes de sa volonté.
Le premier ordre était simple. L'huis fut fermée. Le loquet tiré par habitude.
Le second ne fut pas compris alors, elle fit ce qui lui sembla judicieux. Elle se délesta du panier, sans lambiner. Dégrafa sa cape humide et glacée.
Le corps de l'homme tremblait mais il était torse nu... Fièvre ? La pièce n'était pas suffocante alors elle jeta malgré tout une bûche dans le foyer. Puis fourra dans sa périphérie le cruchon, en lieu et place du vin qu'elle y avait déposé peu après leur arrivée.
Tout cela se fit promptement, la fatigue ayant encore une emprise superficielle sur son jeune corps.

Elle supposa qu'il faisait une crise et que ce fut de cela qu'il parlait. Mais de quoi ? Etait-ce de ce tourment qu'il voulait guérir ou simplement de son passé ?

Sourcils froncés et le geste sûr, Sya versa du vin réchauffé dans un gobelet qu'elle avait attrapé. Ensuite, en deux pas, elle fut près de lui, assise sur l'esponde de la couche, un pied au sol et l'autre jambe repliée. Elle l'adextrait étroitement, l'observait avec une inquiétude contenue et mit le récipient tiède entre les mains d'Yvaniès, n'osant retirer les siennes avant d'être assurée que son geste à lui était ferme.

Pour une fois, elle tint sa langue et limita les initiatives.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mer 5 Fév 2014 - 17:53

La porte se referma derrière elle. Ellesya était vive d'esprit et possédait les bons réflexes. Agir d'abord, demander ensuite. Et tandis qu'il luttait contre lui-même et ses démons, elle s'affairait pour lui donner ce qu'il avait demandé. Surement n'avait-elle pas tout compris, mais au moins percevait-elle l'essentiel, il avait besoin d'aide...

Ses yeux se refermèrent, se coupant une nouvelle fois du monde et de sa réalité mouvementée. Son corps tremblait à faire peur, le froid l'envahissait, raidissait ses membres, coupait sa respiration, couvraient ses lèvres d'une teinte bleutée inquiétante... Mais son esprit vagabondait librement et échappait, par d'élégants mouvements souples, aux griffes acérées du manque et de la drogue.

Ton corps sera son martyr... Abandonne, oublie-le, laisse-lui ronger l'os et s'épuiser sur du vent...

Mais tenace est la douleur et rusé est le mal qui s'insinue à partir des actes commis et choisis. Et malgré tous les enseignements d'Ali, il restait une prise sur le monde, un lien ténu et pourtant présent, qui se manifesta avec violence lorsqu'un cruchon vint se poser entre ses mains: louve...

Ses doigts se crispèrent avec une force non maitrisée sur le récipient empli de vin et un spasme de douleur vint tordre son visage jusqu'ici calme et détendu malgré la visible défaillance de son corps. Un râle rauque et plaintif s'échappa des lèvres de l'homme tandis qu'il s'essayait à s'éloigner du piège tendu par le démon. Il n'était pas là, ne le serait pas, il ne souffrirait pas, il ne perdrait pas...

Les schémas mentaux du vieux berbère étaient puissants et utiles, car malgré la force des assauts, Yvaniès ne cédait pas et sentait peu à peu la crise s'éloigner, passer. Après le feu, le gel, il savait que viendrait l'absolution par le vide. Les étapes étaient toujours les mêmes, mais elles se renforçaient au fil des crises. Bientôt les exercices ne suffiraient pas à l'empêcher de baver et de se faire du mal pour éloigner la douleur. Il avait besoin d'aide, c'était évident. Mais en cet instant il avait d'autres préoccupations...

Forcé de l'éloigner brutalement de son esprit pour ne pas sombrer, le visage d'Ellesya fit un retour fracassant dans son crâne, accompagnant la migraine aux tempes et la nausée qui le plia en deux, lui arrachant une quinte de toux suffisamment révélatrice. Par un miracle que seule la force de la narration peut expliquer, il ne renversa pas le vin, et parvint même, lorsqu'il se redressa, à porter le pichet à ses lèvres pour en avaler quelques gouttes. Le liquide, bien que fort et aigre, remplaçait avec aisance le goût de bile qui s'installait dans sa bouche.

Non repu mais suffisamment remis, il rendit le récipient à la jeune femme, n'osant planter son regard dans le sien, craignant d'y trouver honte et dégoût. Elle ne comprenait surement pas, mais il savait assez désagréable la vue de son corps mutilé... Il allait falloir qu'il s'explique. Mais avant ça il devait se couvrir et trouver une position qui l'empêcherait de tomber à la renverse.

Avec difficulté il se laissa glisser au pied du lit, avisant son mantel jeté sur la chaise. Mi-marchant, mi-se trainant, il parvint à s'en saisir et l'attrapa d'un geste mal assuré de son bras, faisant, au passage, vaciller le siège branlant qui, comme dirait Berkeley, n'avait visiblement pas l'objectivité nécessaire pour se juger soi-même. Puis il remonta sur la couche et s'y rassit, calant son dos contre le mur et se drapant dans son vêtement rapiécé en frissonnant. Ces quelques gestes avaient déclenché une tempête sous son crâne et il dut rester silencieux quelques instants, à se masser les tempes, pour recouvrer l'usage de sa raison, de ses mots et de sa pensée.

Il trouva alors le courage infini de se tourner vers la jeune femme et de la regarder, avec cet air mêlant la contrition et la peur qu'on trouvait généralement chez les drogués repentis. Se sachant faible et misérable, il cherchait quand même l'espoir d'une pitié juste et non dégoûtée. Mais il savait aussi que sans mots, la situation lui resterait nébuleuse et peut-être inquiétante... Sa voix faible et rauque brisa le silence pesant qui s'était installé entre eux:


J'aurais préféré que vous n'ayez pas à voir ça... Ce sont les restes malheureux de ces années de service pour la France... J'ai entamé le processus de guérison avec votre oncle, mais il est long et pénible...

Lui, encore, pouvait être sauvé. Pour Rhuyzar il était trop tard. La dernière crise l'avait rendu presque incapable de bouger et de faire usage de sa force. Si Yvaniès s'était considérablement affaibli durant son sevrage, il parvenait désormais à se remplumer et à retrouver une certaine tenue.

Je ne suis pas malade... enfin... le plus juste serait de dire que je ne suis pas contagieux. Je subis l'effet de manque des drogues dont je me suis sevré... Mon corps a du mal à s'en passer encore. Ce sont des produits puissants aux effets terribles.

Je... ne parviens pas à les maitriser, les prévoir... il se peut que je me mette à hurler en plein tournoi ou qu'on me retrouve bavant sous la table du banquet... Un proche de Rhuyzar m'a enseigné des... techniques... de maitrise de soi, mais les crises augmentent en intensité, et j'ai peur de ne bientôt plus pouvoir les contrôler.

Il soupira, luttant désormais contre l'immense lassitude qui envahissait son corps, son esprit. Tout en lui se relâchait à l'extrême sans qu'il puisse rien y faire, et n'eut été le mur derrière lui qu'il eut déjà chuté sur le lit. Mais au moins il ne frissonnait plus et ne se tordait plus de douleur. Il était juste affreusement las...

Si vous connaissez de bons herboristes... peut-être pouvez-vous m'aider. Seul je n'y arriverai pas. Je ne me fais pas d'illusions. Les poisons sont encore trop forts pour moi. Je risque de replonger ou de... mourir.

Il avait prononcé ce dernier mot de manière plus appuyée que les autres. Comme s'il revêtait une importance plus grande, un sens plus profond. Lui-même se fit la réflexion et s'interrogea intérieurement sur cet état de fait. Commençait-il à craindre une disparition lui qui avait tant de fois joué avec son existence comme on joue avec les dés ?

Tu peux frapper Courien, je ne crains pas les coups des femmes... Essaie au moins de ne pas t'évanouir si tu m'arraches les tripes...

Il n'avait jamais eu peur de mourir, de partir, de disparaitre, de quitter ce monde qui lui avait tout pris et avait piétiné les cendres de ses regrets. Jusqu'à aujourd'hui... La vie revenait peu à peu. De nouveaux visages remplaçaient les masques grimaçants de son univers. Claude, Rose, Raishar, Ana, le bedonnant Ibelin, l'élancée Ellesya... Il n'était plus seul et haletant dans une ruelle à échapper aux hommes de main du caïd qu'il venait d'égorger dans un grand rire sadique.

Seule la Mort met fin au Devoir. N'oublie pas.

Non Corbeau. Le serment était rompu. C'est toi-même qui l'avais promis. Libre. A compter de cet instant. Libre de mourir sans Devoir et sans Cause. Libre d'oublier les Frères et les missions. Libre d'aimer, de protéger, de choisir. Libre de vivre et de regarder Ryes en crachant au sol. Libre de ranger les armes. Pour toujours.

Vous comprenez maintenant quand je vous avouais avoir peur de vous gêner ? J'ai bien compris que vous n'êtiez pas de cette noblesse superficielle qui se réfugie dans une étiquette gerbante... Je connais un peu vos valeurs et la beauté de votre âme Ellesya... J'ai toujours bien jugé les gens, malgré mes critères étranges. Mais je sais aussi que vous devez faire preuve d'une grande intelligence pour maitriser tout ce petit monde sans vous renier complètement. Le Royaume du compromis et de la négociation. Je ne veux pas vous faire trébucher ou tenir l'image de la Louveterie.

Il parlait trop. L'exercice devenait difficile et sa bouche terriblement sèche. Il toussa, encore. Sentit la nausée revenir et la contrôla en serrant la mâchoire. Fermant les yeux, il sentit l'univers tourner autour de lui et vacilla quelque peu sur le côté avant de se reprendre. Le plus dur était passé, mais l'anxiété demeurait...

Donnez moi encore à boire, s'il vous plait...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Ven 7 Fév 2014 - 17:47

Il avait parlé, demandé. Avant de se couper d'elle, lui semblait-il. Ellesya ne connaissait pas ce mal, ne savait ce qu'il lui était permis de faire. Sans indication, seul garder une attention alerte lui venait à l'esprit. La tentation fut grande aussi d'aller intimer l'ordre à l'aubergiste de dépêcher n'importe quelle personne un tant soit peu au fait de la médecine au chevet d'Yvaniès. Mais elle rechignait à le laisser une seconde fois. Et surtout, par ses quelques mots, il lui avait fait comprendre que l'épreuve lui était connue. Alors elle resta vigilante et patiente.

Aussi discrète et silencieuse que possible, retenant ses gestes pour ne pas l'encombrer ou le contrarier. Patience et tentative de compréhension pour devancer les besoins. Mais en réalité, elle le suivait, extérieure, sur un chemin connu de lui seul, qu'elle ne pouvait emprunter pour lui tendre une main secourable. Ses gestes restaient suspendus, ses mains non loin des siennes pour rattraper le récipient au besoin, notamment.

Désemparée par son incapacité à l'aider, elle resta toute proche sans commettre le moindre geste, malgré cette impulsion qui l'animait de l'embrasser, au sens propre, pour lui transmettre de sa chaleur et de son calme.
Quelle dérision que cette situation alors que le regret de n'avoir pu être auprès de son oncle torturé l'avait poigné plus tôt dans la journée.
Le comble fut atteint après un temps qu'il lui était impossible de mesurer hormis à l'aune de l'affaiblissement de la lumière chiche du jour. Elle reçut le gobelet dans les mains et ne put que le regarder se mouvoir péniblement, lui offrant dans la foulée une vue complète sur son dos marqué du sceau des sévices.

Malheureuse d'être devenue spectatrice impuissante, elle se releva et rapprocha la bassine. Le haut-le-coeur qui avait pris Yvaniès avait été suffisamment remarquable. Avisant la présence d'une touaille à l'aspect passable, elle l'humidifia, la replia et la laissa au bord du bassin. Prête, au cas où.
Les corvées ne lui avaient pas été épargnées, enfant. Alors elle savait quoi faire, même des tâches qui auraient répugné à ses pairs habitués à se faire servir. Comme si ils n'étaient pas tous fait de la même manière...
N'avait-elle pas eu à accepter les soins d'un tiers, lorsque empoisonnée de son propre chef pour contraindre Lexhor à renoncer à se rendre au « sacre » d'Eusaias (les autres moyens ayant échoués), elle avait rendu tripes et boyaux durant des heures ?
C’était Ellesya, dépouillée des mondanités et des fioritures. Mais point de cautèle ou de sinistre rouerie.
Léanore, mise devant le fait accompli, avait gardé le secret et Lexhor avait ignoré la critiquable manoeuvre de sa fiancée d'alors.

Aujourd'hui, elle n'était pas souffrante, juste lasse de toutes ces émotions. Et elle ne repartirait que fermement congédiée, décida-t-elle. Aussi, ses bottes retrouvèrent le pied du lit.
Bien qu'elle ne sut que faire puisqu'il agissait sans plus rien lui demander, son désir était de demeurer. Etre là pour lui à défaut d'avoir pu l'être pour les autres à l'époque, soit qu'elle eut été trop jeune, tenue éloignée ou brisée.

Il était de retour, au moins, ne la fuyant pas comme elle l'avait imaginé un moment. Ses tremblements allaient en s'apaisant, d'après ce qu'elle eut pu en juger.
Elle attendit encore. Enfin, il rompit leurs solitudes.
A sa demande, elle lui rendit le vin et l'agrémenta d'un sourire qu'elle voulut rassurant.


Vous n'avez pas besoin de tout expliquer maintenant, Yvaniès.

Elle but également un peu de vin avant de reposer son gobelet directement au sol. Les vivres lui faisaient de l'oeil mais elle s'en détourna. Faim de loup, peut-être. Mais attention de louve aussi...
Assise à ses côtés, elle lui offrit un appui supplémentaire. La tête contre la cloison, elle soupira en repensant à tout ce qu'il avait dit. L'assurance et l'arrogance de ses jugements l'amusait et l'embarrassait dans le même temps, peu habituée de s'entendre dire de telles choses sur elle-même.
Il avait également un tel souci de ne pas lui nuire.


N'était-il pas mieux, au contraire, que je sois là en ce moment plutôt que de découvrir votre mal en une occasion que vous avez cité ?

Vu les circonstances, c'est sûrement le mieux que cela se passe maintenant. Et puis, nous saurons ainsi tous deux à quoi nous attendre pour la suite.

Je vous aiderai à trouver quelqu'un qui puisse atténuer vos épreuves. Et il nous faudra éviter les pudeurs.


Disant cela, sa senestre se posa sur l'avant-bras couvert du mantel. Le regard gris, lui, était accroché au plafond sans le voir. Ses pensées suivaient leur propre chemin, laissant une réflexion glisser de ses lèvres, un peu douloureuse.

A quoi bon suivre une route si celle-ci est morne et froide ?

La question n'attendait pas vraiment de réponse. Ce genre de voie, elle s'y était perdue longtemps, aux prises avec Lucifer.
Secouant son esprit qui s'alanguissait, la suite fut énoncée avec une pointe de malice.


Et puis, nul besoin de me flatter pour vous attirer mes faveurs ou mes soins.

Peut-être est-ce pour ne pas me renier que je veux vous aider.


Après une courte réflexion, son côté pratique s'exprima.

Pensez-vous pouvoir avaler quoique ce soit ? Désirez-vous peut-être vous allonger?

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Ven 7 Fév 2014 - 19:37

S'il en était besoin, elle venait de lui donner une nouvelle preuve de sa sagacité et de sa vivacité d'esprit. Réagissant parfaitement à sa crise et son état. Il avait bien conscience du pitoyable spectacle qu'il offrait, entre son mal être et son corps mutilé, l'ensemble était désolant et un peu triste, certainement. Mais aucune pitié déplacée, aucun dégoût, aucun recul n'avait été perceptible chez la jeune Louveterie. Et Yvaniès se targuait de plutôt bien juger les gens...
 
Peu à peu il reprenait le contrôle de son corps vidé et endolori par l'épreuve. Il était perclus de courbatures, comme au lendemain d'une longue journée d'efforts physiques. Son esprit tournait beaucoup moins vite qu'à l'accoutumée et mettait quelques instants supplémentaires à enregistrer et comprendre les informations qui lui parvenaient. La douleur s'était transformée en une massive fatigue qui écrasait ses épaules et sa tête. Il entrevoyait soudain le mécanisme. Ryes, les couloirs, les détours, les Licornes... Puis Ellesya, l'auberge... son cerveau malade n'avait pas supporté cette débauche de souvenirs et de nostalgie qui soudain l'avaient envahi... Et il lui avait fait payer au centuple. Sa crise n'avait rien d'anodine, elle était liée à ses sentiments et à ce qu'il vivait au quotidien. Le comprendre ne le guérirait pas mais lui offrait des pistes. Ali aurait aimé.
 
Il arrangea le mantel sur ses épaules et s'en couvrit un peu mieux, autant pour masquer son torse scarifié que pour le réchauffer sommairement. Il réalisait soudain ce que la jeune femme avait eu à subir et à contempler. Et la honte le gagna, redonnant quelques couleurs à son visage pâle et tiré. Certes, elle avait raison, sa présence l'avait aidé au-delà de ce qu'elle pouvait imaginer ou de ce qu'il pouvait expliquer. Et s'il n'avait résisté, elle aurait pu aller chercher de l'aide et le sauver. L'habitude de la solitude et du mystère n'était pas salvatrice dans cette situation. Cela aussi il devait le comprendre, et l'accepter.
 
Elle lui répondit avec franchise et sans prendre de pincettes. Il n'en attendait pas moins d'elle. Mais il lui était nécessaire de l'informer et de la conseiller... La morale et les valeurs...
 
Vous avez raison... Seul, qui sait ce qui peut se produire ? Mais cela c'est la raison qui le dicte, le coeur lui me pousse à m'excuser et à regretter... Peut-être n'ai-je pas vraiment mis fin à ma mission...
 
Etait-ce la fatigue et la douleur qui le poussaient ainsi à parler aussi librement ? Ou le désir simple de s'ouvrir à la jeune femme et de lui confier ce qu'il ressentait. Il sentait bien que de ces quelques heures passées entre eux quelque chose était né. Ou revenu, dans son cas. S'il lui était étranger, il éprouvait toujours pour elle une forme d'affection mêlée de tristesse. Le poids des souvenirs était toujours là...

Au moins vous savez à quoi vous en tenir... Je pense que la journée a été longue, et les émotions nombreuses. Je suis encore fragile sur bien des aspects, ma guérison est loin d'être achevée.


Peu à peu il se laissait glisser le long du mur, cherchant le réconfort d'une posture allongée et reposante. Relâchant ses muscles et son corps usé. Ne sentant plus ses cicatrices le bruler et le lancer. Ne sachant trop comment s'installer sans gêner la jeune femme, il replia les jambes et posa la tête sur les draps froids de l'auberge. Il ferma les yeux quelques instants, continuant à parler en laissant son esprit vagabonder dans les limbes du soulagement.

Je ne vous flatte pas. Je ne flatte jamais. Je dis ce que je vois et ce que je ressens. Cela aussi vous devez le savoir... Je peux traiter un Duc de couard et m'agenouiller devant un gueux blessé. J'ai grandi avec les miséreux. Je suis leur Frère vivant qui se promène dans le Grand Monde. Je me suis battu avec certains d'entre eux, mais je les ai aimés aussi. Alors que la Noblesse ne m'a jamais regardé et n'a jamais su quels services je lui rendais...

Les mots sont amers et durs. Un peu de rancoeur se glisse entre ses lèvres et vient animer son propos. La Cour, les enfants, le sang... Tout ce que le Lys de France refuse de voir et de comprendre, de savoir... Roys de qui ? Roys de rien. Roys de leurs banquets et de leurs putains parfumées. Roys qui plongent le braquemart et crachent l'os de pigeon pendant que les Chiens mordent à la gorge et se tâchent du sang de ceux qui souffrent. Libertad... le cri résonne encore entre deux râles...

Non. Ce que je vous dis n'est pas fait pour arranger vos nuits et vos songes. C'est une vérité que vous devez comprendre. Vous n'êtes pas... comme eux. Et j'espère que vous ne le serez jamais. Et c'est pour ça, je crois, que je suis revenu et que je vais rester. Je ne sers que les Justes et les Grands. Je ne vous servirai pas... mais vous pourrez user de moi et de mes services. Je sais que vous n'abuserez pas. Et je vous le dois... par pitié taisez-vous et ne me niez pas ça, je vous le dois...

L'amertume s'était transformée en chaleur et en émotion. Il avait serré le poing au moment de l'implorer de se taire et retenu une larme sous ses paupières closes. Sa reconnaissance n'était pas que due à sa faiblesse mais à un besoin terrible de réparer, remercier, aider... C'est le chemin qu'il avait choisi et voulait emprunter au sortir des ombres et de la Mort aux côtés de laquelle il avait si souvent marché.

Vous vous doutez bien que je sais faire mille choses... je vous sais assez fine pour avoir compris ce qui me vaut ce corps atroce et mutilé... Je maitrise... des arts, qu'on n'enseigne pas aux jeunes filles de bonne famille. Oh oui... je les maitrise...

La force ne revint pas en lui, mais le besoin était trop fort. Il se redressa difficilement sur un coude et plongea son regard dans le sien en tremblant de tout son corps, le visage tordu de gravité et de douleur mêlées. Ce qu'il avait à lui dire ne pouvait supporter de ne pas la voir, et elle devait le contempler. D'un geste presque théâtral il repoussa le tissu qui le couvrait et lui offrit le spectacle de son corps mutilé et rougi par les affres de la journée.


Je peux le faire... encore. Je peux prendre des vies et vous les offrir. Je peux accomplir vos vengeances et vos colères avec violence et brutalité. Je peux faire souffrir et détruire des vies sans tuer. J'en suis capable... Mais regardez bien Ellesya et voyez... Tout se paie... Rien n'est donné par Celui qui nous gouverne tous. Et voyez votre oncle et ce que je vous ai rapporté de lui. Il a usé de moi. Il l'a payé, lui aussi...

L'effort était trop grand encore, et c'est lourdement qu'il retomba sur la couche, refermant les yeux pour reprendre et son souffle et ses esprits qui vagabondaient entre deux mots prononcés. Il ne savait que trop l'horreur du monde où il avait vécu pour ne pas mettre en garde la jeune Louve. Au risque de lui faire peur. Oui, à ce risque là...

Voila qui je suis Ellesya... Voila qui votre oncle a mandé pour veiller sur vous... Croyez-vous vraiment que sans vous je serais encore de ce monde ?

La larme s'échappa cette fois et roula le long de sa joue. Après la fatigue, la tristesse infinie. La dernière étape de ces crises sans fin qui le dévoraient de l'intérieur. Cherchant une position qui le calmerait un tant soit peu, il s'allongea sur le côté, un peu recroquevillé, un peu tremblant.

Ne vous reniez pas Louveterie, votre âme est belle encore... Ne la jetez pas en pâture aux démons... Aidez-moi si votre coeur vous le dicte mais n'oubliez pas qui je suis... Je vous détruirais...

Un silence, encore. Son souffle redevenait calme, presque tranquille, même s'il savait que le sommeil allait le fuir un moment. La proximité de la louve le calmait et le rassurait. Il savait ne pas être seul avec ses souffrances et ses tourments. Même si son monologue avait quelque chose d'exclusif. Son coeur avait parlé davantage qu'à l'accoutumée, l'effet du manque surement et de son esprit divaguant... Mais au fond il savait que la vérité seule avait franchi ses lèvres. Restait à capter sa réaction...

Je ne pense pas pouvoir manger encore... Boire... oui... m'allonger et récupérer un peu... Restez si vous le pouvez et le voulez... C'est la première crise de cette ampleur que je dois affronter sans Ali... Si vous n'êtes pas encore lassée de ma présence, ne partez pas, votre présence m'aide...

Un dernier aveu formulé sans réfléchir. Et pourtant si juste... Le Khât était mensonger...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Ven 7 Fév 2014 - 23:05

Loin des primes aveux, de l'émotion débordante vécue plus tôt, il continuait de se livrer à elle. D'une manière qu'elle aimait et pensait recevoir à sa juste valeur. Le coeur et l'esprit ouverts.

De l'ombre à la lumière... du passé à l'avenir... du silence  à l'aveu...
Vers la conscience de ce lien occulté, dont les lambeaux de mémoire revus sous un nouvel éclairage lui prouvaient l'existence.

Ils s'étaient tendus la main au travers de ce voile d'yraigne qui les avaient séparés tant d'années. Pour le meilleur et le pire, ou l'éloignement, un jour. Nul ne pouvait présager de ce qu'il adviendrait.

Elle s'était un peu déplacée vers le pied du lit pour lui laisser plus de place alors qu'il se laissait aller contre le matelas. Elle eut bien envie de lui répondre lorsqu'il parla de la noblesse et de son ingratitude mais laissa passer. Il semblait si épuisé qu'aucun désir de polémiquer ne lui vint. Les jambes repliées contre sa poitrine, ses bras les entourèrent.

Sa bouche s'ouvrait déjà, prête à lui demander de préciser sa pensée sur l'espoir qu'il fondait en elle. Mais il lui intima le silence. Sur un autre point. Qu'elle aurait aussi discuté. Ses lèvres se refermèrent, une émotion difficile à définir lui enserrant le coeur. Pour mieux se taire, elle se baîllonna en écrasant sa bouche contre le haut de ses genoux. Ses bras serrèrent plus étroitement ses jambes. Ayant été si peu touchée, enlacée depuis son enfance, hormis ces derniers mois par désir charnel, elle avait le sentiment d'un astre rayonnant de chaleur dans sa poitrine, désireux de passer d'elle à lui. Mais elle n'osait pas, n'osa rien. Et serra plus fort.

Jusqu'à ce qu'il découvre son torse dont elle avait déjà pu juger des mutilations. La pénombre avait gagné la chambre. Les ombres du foyer irisaient les cicatrices, nuançaient certaines.
Le don maudit qu'il lui offrait lui fit venir les larmes aux yeux. La suite fit dévaler l'eau tiède sur ses joues rougies, mais elle attendit encore.
Si seulement il savait ce qu'il lui inspirait...

Muette, la jeune femme quitta doucement la couche. Elle réfléchissait pour peser ses mots, la fatigue n'aidant pas. Elle pesait aussi la justesse des gestes qu'elle désirait faire. Il y avait cette sensation d'irréparable qui la tenaillait cruellement en cet instant.

Seul le craquement des bûches fournies au foyer brisait le silence relatif de la pièce où les bruits des chambres voisines et du dehors parvenaient assourdis.
Elle retira son pourpoint et le déposa sur le dossier du siège unique. Elle resterait. C'était décidé avant qu'il ne lui demande. S'approchant du feu et du vin, l'odeur de la nourriture fit gronder son ventre mais elle l'ignora.
Le gobelet qu'elle avait récupéré fut à nouveau empli de vin qu'elle hésita à allonger d'eau. Ce qu'elle aurait fait sans tergiverser si elle n'avait pas eu une confiance limitée dans la salubrité de l'enseigne.

A nouveau près du lit, elle s'agenouilla sur le parquet et offrit le vin à son Veilleur.


Ce n'est plus une mission, c'est l'affection. Déjà au poste de garde, vos paroles et expression n'étaient pas anodines. Pas juste de quoi éveiller ma curiosité... D'où la faiblesse de ma défiance à votre égard.

Les coudes enfoncés dans le matelas bourré de paille. Le regard gris des Louveterie scrutait les traits épuisés d'Yvaniès. Du bout des doigts de sa senestre, elle repoussa une mèche échappée du catogan, puis poursuivit la route de sa paume tiède vers l'épaule découverte.

Ce qu'on enseigne aux filles de bonne famille, vous savez que ce n'est pas ce à quoi on m'a destiné, ce n'est pas ce qu'on m'a appris. On m'a appris à faire illusion et à porter dignement le nom et les titres qui sont miens, mais vous savez qui était Kreuz, qui étaient mes parents.

Peut-être devrais-je avoir peur de vous. Peut-être que je prend vos menaces de destruction à la légère. Mais vous savez ce qu'il en est, n'est-ce pas ?


Sa paume descendit le long du bras, ralentit légèrement sa course sur l'avant-bras et serra doucement la main.

Si j'acceptais ce que vous me proposez, ce don de mort, cela reviendrait à vous avilir alors que vous cherchez la guérison.

Elle se mordit la lèvre en cherchant les mots à mettre sur son raisonnement mais peinait.
L'envie de lui dire que jamais elle ne voulait en venir à de telles extrémités, à user d'autres à la place de se salir elle-même les mains, se disputait avec la certitude qu'elle ne savait pas quelles épreuves seraient sur son chemin, la faisant dévier encore, peut-être.

Sa voix glissa à nouveau vers lui, aussi grave et douce que son regard.


Ce corps atroce, dites-vous... Je n'y vois nulle laideur. Si vous vous rappelez celui qui m'a élevée, peut-être est-ce une piste de compréhension... Une parmi d'autres.
Et sinon, je ne pourrais plus non plus me voir ou laisser un autre me regarder non plus. Et pourtant, ce fut lors de combats... réguliers. De charniers et de carnages comme peuvent le devenir des armées sacrifiées au grand jour.


De sa main libre et en se penchant un peu, Ellesya attrapa la chemise dont il s'était défait pendant son absence et la posa sur le bord de la couche.

C'est votre âme qui est saigne quand vous me parlez.
Votre peau raconte la géhenne, mais c'est votre regard qui lui donne sa réalité.
Je n'ai aucune répulsion envers ce que vous avez été, ce que vous êtes, sinon je ne serai plus là. Peut-être devrais-je en éprouver... de la pitié ou de l'horreur. Si j'avais vécu une autre vie. Mais ce n'est pas le cas.

Je ne ferai qu'être fidèle à ma devise.
Et puis, je ne vous laisserai pas me faire du mal non plus.


Son petit sourire léger réaffleura, pour dédramatiser ses paroles. Dans le même temps, elle lâcha sa main et se releva en fronçant le nez.

C'est plus confortable à confesse d'être à genoux.
Je vais grignoter un morceau, sinon je vous prouverai que mes petites quenottes de louve n'ont pas peur du cuir épais et de la viande crue de vieux mâle, aussi nerveux soit-il.

Après ça, vous me ferez bien une petite place. Je ne suis pas fluette, mais pas dodue non plus, vous y arriverez fort bien.
Et ne faites pas mine de vouloir dormir à terre ou de m'y envoyer. A cette saison et malgré le feu, ce serait une mauvais idée.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 8 Fév 2014 - 9:09

Un peu de cette chaleur de meute vint mettre fin à ces atermoiements qu'avait exprimés l'homme, prostré sur la couche. Il n'avait pas vu les larmes, au moment où elle avait découvert son corps abimé. Le regard un peu perdu dans les méandres de ses pensées, il n'avait pas saisi la douleur de la jeune femme, ou la nostalgie...

De l'affection...

Elle avait prononcé le mot qui avait résonné dans son esprit malade, et joint le geste à la parole en se rapprochant de lui. De l'affection... Oui... C'est bien ce qu'il avait ressenti après quelques temps passés à la veiller... L'envie de surgir à chaque petite blessure, l'envie d'être à son chevet lorsqu'elle était malade, même s'il lui arrivait de se charger, discrètement, des tisanes qu'on lui portait dans ces moments-là. Au moins se procurait-il le sentiment de n'avoir pas été complètement inutile...

Il n'avait pas haï Kreuz, lui. Ne s'enfermant pas, comme le Corbeau, dans une vengeance stérile et maladive. Il n'avait aimé ni Bralic, ni Rassaln, non plus... Ceci expliquait surement cela. Non, il n'avait éprouvé aucune colère à son égard. Une jalousie profonde et une envie terrible, oui...


Les yeux toujours fermés, il réussit à lui répondre, rassemblant avec force ses pensées éparpillées qui luttaient déjà à suivre ce que lui disait la jeune Louveterie.

Oui Ellesya... je connais cet attrait mêlé de répulsion qu'on ressent à l'approche du danger... Et je sais qui était Kreuz. J'étais là, aussi... Quand un homme tel que lui vous enseigne... On en revient à jamais transformé... A jamais...

Avec douceur elle avait décliné son offre, lui rappelant par quelques mots bien choisis qu'elle était, elle aussi, dotée de valeurs solides et d'une âme riche. Il soupira doucement à cette constatation et referma un instant ses doigts sur les siens. L'emprise fut légère, sa force n'y était plus, mais le contact fut suffisant à réchauffer son coeur l'espace de quelques secondes. La jeune louve sur laquelle il avait veillé avec patience et amour, jamais n'avait connu son étreinte puissante. Un regret, encore un. Il était resté loin, trop loin...

Je sais que vous ne ferez rien pour me blesser ou me... torturer... à nouveau. Mais il me faut vous prévenir. Car la colère peut commander des actes et des décisions qu'on regrette ensuite jusqu'à son trépas. Je suis bien placé pour le savoir...

Car c'est par haine et par vengeance qu'il était retourné voir Bralic et qu'il avait accepté de devenir une de ses ombres. Et toutes ces années passées dans la fange du Royaume l'avaient été pour faire payer le prix du sang à tous ceux qu'il estimait responsables de la mort de ses deux amours. Lui-même s'était puni. Pas assez de précautions, pas assez de prudence... Un masochisme choisi et presque... désiré. Lorsqu'on le capturait, son sourire désarmait ses bourreaux. Chaque coup porté, chaque marque laissée semblaient le rendre un peu plus fort...

Mais ces souvenirs bien vite furent balayés par la vague de chaleur dont elle l'enveloppa soudain. Elle le rassurait, alors, sur ce qu'elle avait du voir et contempler en cette journée peu ordinaire, et lui assurait de son absence de dégoût... Elle combattait, sans le savoir, la peur qui le tenaillait depuis le moment où il l'avait aperçue à l'entrée de la forteresse.

Doucement ses yeux se rouvrirent et il plongea son regard dans celui de la jeune Louve. Agissait-elle avec l'instinct de la meute ? Avec l'amour simple du coeur pur qui exprime sans retenue ? Comment avait-elle compris aussi vite et pourquoi avait-elle accepté cet homme si peu avenant ? La réponse se trouvait, oui, dans son passé. Il aurait du le savoir, il aurait pu le comprendre, mais au contraire du Corbeau, Yvaniès était bien constitué d'une âme fragile et torturée. Nulle cause divine ou supérieure ne guidait désormais ses pas, et sa route se limitait à combattre les tourments qu'il avait accumulés depuis des années.

Et, ces larmes qu'il n'avait pas vues, lui apparurent soudain au travers des sillons restés gravés sur le visage d'Ellesya. Une grimace déchira son visage fatigué et, d'instinct, sa main blessée vint se poser avec douceur sur la joue de la jeune femme pour ôter les traces et y imprimer une faible marque d'affection. Il se mordit la lèvre en songeant que, peut-être, ses paroles l'avaient blessée ou attristée. Dans sa crise il avait surement manqué de prudence et de tact, cela aussi il lui faudrait le combattre. Il supportait de moins en moins de voir ses... proches... blessés par ses mots et son arrogance. Un petit morceau de chair accompagna le recul de ses dents, et une goutte de sang vint perler sur la blancheur de sa bouche.

Vous pleurez ? Vous ai-je déjà blessée et vos larmes en sont-elles la plaie ouverte ? Voyez, quand je vous dis qu'il vous faut faire attention... Je suis une bête sauvage relâchée mais pas encore apprivoisée. Je n'ai pas les codes des Hommes...

Elle se releva. Rompant leur instant de proximité et d'affection partagée. Il était trop tôt pour les grandes étreintes et les souvenirs chaleureux au coin du feu. Ils n'étaient encore que deux animaux blessés, se demandant s'ils pouvaient se faire confiance pour lécher leurs plaies. Mais son éloignement, bien que faible, vue la taille de la pièce, lui provoqua tout de même une légère pointe au coeur. Au fond, il espérait aussi qu'elle n'aurait pas trop peur de lui, malgré ses mises en garde... Son désir de la voir rester ne reposait pas que sur des inquiétudes concernant sa santé, l'envie était plus profonde et moins... raisonnée.

Il profita cependant de ce moment pour s'installer un peu mieux sur la couche. Les courbatures le tiraillaient et la migraine menaçait de le reprendre à tout instant. Il récupéra les coussins miteux qui composaient le seul confort du lieu et les plaça à la tête du lit, s'allongeant tout du long, sur le côté, tourné vers la jeune femme pour pouvoir la voir s'affairer et ne pas lui donner le sentiment qu'elle parlerait à un mort...

Il sourit doucement à l'évocation d'un instinct carnivore qui n'était pas sans lui rappeler quelques souvenirs. On n'aurait su lire avec certitude la chaleur dans ce sourire, tant son visage était tiré. Mais, pourtant, il s'agissait bien d'humour.

Mangez Ellesya. Je ne sais quelle saloperie a bien pu se nicher sous mon vieux cuir... vous risqueriez autrement que de perdre vos dents. Et je ne suis pas certain que le goût vous irait... Je suis resté assez longtemps attaché pour avoir le temps de faisander...

Il cherchait manifestement à faire retomber la tension et l'émotion par quelques réflexions qui se voulaient drôles et spirituelles. L'exercice était intéressant autant qu'un peu déstabilisant, venant d'un homme à moitié nu, pâle comme un linge, allongé sur un lit. Mais il avait au moins le mérite d'essayer...

Le froid le reprenait peu à peu. L'éloignement d'Ellesya, autant que le calme qui revenait et la nuit qui s'était installée en étaient très certainement les causes. Il trembla, un peu, refermant ses bras autour de son torse pour lui offrir une sommaire et inutile protection. Ses yeux se refermaient peu à peu, ne distinguant plus la jeune femme qu'à travers un voile de brume grisâtre. Sa poitrine montait et descendait à intervalles désormais réguliers et son souffle se faisait moins rauque. Il ne sentait pas le sommeil, encore, mais voyait arriver le calme réparateur qui se niche après le passage de chaque tempête.


Je n'avais pas l'intention de dormir au sol, à moins que vous ne m'y jetiez... Laissez quelques privilèges à mon âge. Et puis cette couche est bien assez grande pour nous deux. N'est-ce pas ainsi que s'endorment les loups ?

Il aurait voulu lui dire qu'il souhaitait même sa présence rassurante dans la solitude froide de la nuit qui désormais le glaçait. Mais il n'était pas assez fort, pas assez sur... Seul trop longtemps pour imaginer qu'on puisse marcher à ses côtés. Les bêtes sauvages ont de curieux instincts pour les Hommes...

Je crois que je vais réussir à avaler quelque chose... Mais donnez-moi du léger, je ne tiens pas à entrer en guerre avec mon estomac, il a de solides arguments quand il est en colère...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 8 Fév 2014 - 17:18

Les paroles de l'ancien homme de son oncle tournaient dans sa tête. La fatigue était telle qu'elle ne savait si elle pourrait se souvenir de tout lorsque l'aube nouvelle poindrait. Au final, peu importerait. L'essentiel perdurerait. Plus longtemps encore quel le souvenir de la sensation née du toucher de sa main sur sa joue humide. Instant durant lequel ses paupières s'étaient abaissées. Et que la conviction que le mal qu'il pourrait lui faire ne serait pas volontaire ou du moins pas malveillant.
Aux questions qui suivirent son geste, la jeune femme secoua légèrement la tête en signe de négation pour toute réponse.

Si elle était toujours toute ouïe, elle se détourna tout de même pour réalimenter le feu. Suite à son trait d'humour, un léger rire un peu narquois s'échappa alors qu'elle sortait deux bols du panier de la veuve.
Il en faudrait certainement plus que ce qu'il annonçait pour l'empoisonner, pensa-t-elle en dé-scellant le cruchon de soupe qu'elle avait acquis pour quelques deniers auprès de la logeuse.
La réponse qu'il lui servit au sujet de leur modus vivendi pour la nuit lui tira un sourire diffus. S'il n'était pas rare de partager un lit en voyage ou à d'autres occasions, cela se faisait ordinairement, pour elle, avec une personne de sa mesnie. Marc, le plus souvent, puisque c'était avec lui qu'elle avait souvent pris la route en toutes saisons. Mais cette coutume s'était installée au bout d'un temps certain. Ce jour-ci, rien n'était habituel, ni convenable, ni raisonnable. Ce serait donc une parfaite manière de terminer cette journée improbable. Mais avant cela...

Les deux bols furent partiellement emplis de bouillon accompagné de poireaux détaillés. Le pain fut rompus. Elle lui offrit une part et piocha pour elle-même, en sus, l'un des petits pâtés fait pour être croqués en route.
Installée au sol, adossée au mur près de la couche, elle huma l'odeur de la soupe causant un gargouillis peu discret de son estomac. Le pain y fut trempé.


Vous savez, vous ne m'avez pas fait pleurer en me blessant. C'est ce que vous m'offriez de faire et le prix dont il aurait fallu s'acquitter qui m'ont remué le coeur.
Qu'après tout ce que vous avez déjà enduré, et malgré votre désir d'une autre vie, vous me teniez de tels propos.


Elle avala un pan de mie détrempée malgré sa gorge serrée d'être revenue sur ce point. Puis se détendit, toute à son plaisir de se sustenter.

Une bête sauvage, avez-vous dit. Mais un loup apprivoisé regarde toujours vers la forêt.
Vous êtes telle la forêt.
Je n'ai pas peur de ses ombres profondes et sait trouver les clairières lumineuses malgré la difficulté du chemin. J'ai retrouvé la foi et la volonté, il y a un peu plus de deux années.

Je ne suis pas naïve. Enfin, je ne crois pas, bien que je me sois assagie en surface. L'effet de l'âge aussi sûrement.


Sa modération lui avait été durement inculquée par les pertes successives, son isolement et enfin la nécessité de se rendre acceptable en société. Du chemin avait été parcouru, avec souvent la crainte de s'être perdue elle-même dans sa quête. Yvaniès, à sa manière, l'avait également réconfortée, lui prouvant qu'elle était toujours elle-même, au fond.

Une partie de ce que j'ai amené vient d'une dame à quelques ruelles d'ici. Une veuve avec laquelle j'ai conclu un arrangement. Sa maison est grande et vide maintenant qu'elle est seule. Je loue à l'année l'étage et un peu de place dans son écurie.
J'ai le projet d'y faire venir de temps à autre mon fils et sa nourrice à la belle saison.
En repassant chez elle, durant mon absence, je l'ai informée qu'elle devait aussi vous ouvrir sa porte si vous veniez à Ryes.

Avant que nous ne nous séparions, je vous noterai tous les endroits où vous pourrez trouver logis en mon nom.


Une longue gorgée du liquide gardé chaud près du foyer apaisa un peu plus sa faim. Soucieuse de faire au mieux, elle l'interrogea avec douceur.

Ca passe ou vous voulez que je trouve autre chose ? Pour manger...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 8 Fév 2014 - 19:33

On sous-estime bien trop souvent l'intérêt de la nourriture après une longue et pesante discussion. Le ventre vide ajoute bien souvent à la fatigue et à la lassitude d'une journée riche en émotions et en informations. Et c'est fort à propos qu'Ellesya s'était acquittée de cette quotidienne tâche qu'était le repas. Elle ne négligeait rien et surtout pas les principes basiques régissant les êtres et leurs jours.

Yvaniès aussi commençait à ressentir les affres de la faim, mais il se savait aussi trop faible pour se sustenter autant que le lui réclamait son estomac. Il ne voulait pas prendre le risque de tout rendre et de se retrouver une main devant, une main derrière et dans une nouvelle situation inconvenante.

S'appuyant sur son bras et sa main valide, il se redressa lentement, par étapes, combattant ainsi le tournis qui l'assaillait et risquait de provoquer de violentes migraines. Avisant la chemise que la jeune femme avait déposée près de lui, il réussit à s'en saisir et à la passer sur ses épaules. Vêtement de montage, elle couperait avec efficacité les courants d'air froid et réduirait surement les tremblements qui le secouaient par moment. Un bol de soupe s'avèrerait compliqué à manger s'il était parcouru de spasmes incontrôlables. Après quelques efforts il réussit à s'asseoir sur la couche, le dos posé contre le mur, se soutenant ainsi sommairement. Il le savait, la crise était passée, désormais seule la fatigue le freinait réellement.

Il poussa un léger soupir de soulagement en l'écoutant lui expliquer la raison de ses larmes. Il hocha gravement la tête aussi et se résolut à ne plus le faire ce jour quand la pointe glacée s'incrusta dans son cerveau et lui vrilla le crâne. Il aurait pu garder le silence et laisser sa réaction mourir dans le flot d'une conversation toute autre. Il aurait pu ne pas relever et ne pas lui expliquer. S'il avait été dans un autre état, à un autre endroit, peut-être l'aurait-il fait...

Quelle que soit la vie que je choisirai, je veux vous y donner votre place Ellesya... Et je ne sais faire que ça, je n'ai que ça à vous offrir en guise de services... Je me sens redevable, envers vous... Cela et le reste, il m'est important que vous sachiez jusqu'où je peux aller, et en toute sincérité... Il n'y aura pas chez moi de grandiloquentes déclarations reposant sur un courant d'air.

Il n'aurait su dire s'il avait choisi les bons mots. C'était pourtant si simple de lui dire qu'il l'aimait assez pour se tâcher les mains de sang et se damner une fois encore... Si un poète rédige quelques jolis vers, si un chevalier joute en brandissant un nom, un tueur assassine et trace dans le sang répandu un loup hurlant à la lune.

Malgré ces pensées, il prit le bol et le morceau de pain, trempant dans la soupe et mangeant par petites bouchées prudentes, attentif à chaque rébellion de son corps. Le liquide chaud et la consistance de la mie le soulageaient d'un poids qu'il n'avait, jusqu'à présent, guère remarqué. Peut-être reprenait-il même des couleurs ? Ses traits en tout cas se détendirent et les frissons cessèrent complètement. Cet apport calorique et nutritif rendait son esprit plus alerte, plus éveillé. La machine se remettait en branle et reprenait son mouvement vers l'avant. Son ton changeait doucement. De soupiré et rauque il s'affermissait et retrouvait sa grave tonalité teintée de notes chaudes que l'instant arrivait à créer.

Vous avez grandi, oui. Vous n'êtes plus la petite fille que j'ai vue il y a de cela fort longtemps. J'imagine bien que la vie vous a apporté beaucoup. En bien... ou mal. Mon coeur se serre à penser que je n'ai peut-être pas été là pour prévenir certains périls et certaines peines, même s'il est des situations où je ne me serais surement pas permis d'intervenir... Et en même temps... j'ai envie de croire qu'il vous fallait vivre sans mon ombre pour affronter ces périls et les vaincre... Je suis tiraillé entre ces deux pensées et je n'aurai jamais la réponse.

Sans s'en rendre compte il avait fini le bol et le pain sans que son estomac n'entre en sécession et n'expulse tout étranger de ses terres. Peut-être son appétit était-il plus grand qu'il ne l'imaginait ? Il n'avait rien mangé depuis l'aube et avait marché. Il allait falloir qu'il s'habitue à ces faiblesses humaines et à ces besoins qui se feraient réguliers et pressants. Un profond soupir s'échappa de ses lèvres tandis qu'il lui tendit le bol.

Donnez-m'en encore un peu voulez-vous ? L'on dit que l'appétit vient en mangeant, je crois que l'adage se vérifie aujourd'hui...

Prévenante, elle lui offrait un toit si d'aventure il devait revenir dans la région, les prémices du rapprochement qu'ils avaient initié, surement. Le logis, la nourriture, sous ses dehors sauvages et un peu rebelles, elle semblait dotée d'un réel esprit pratique et de véritables notions que les maîtresses de maison se devaient de maitriser. Yvaniès était un peu dubitatif quant à cette conclusion. Il ne savait y donner son consentement ou sa critique. Il ne lui dirait rien, encore, il ne le pouvait pas. Mais il ne pouvait empêcher ce regard bienveillant d'analyser ses gestes, ses mots, et d'en déduire sa vie...

Je vous remercie, mais je ne me rendrai nulle part sans vous en faire avertir... A vous seule, cependant, je rendrai de tels comptes. Et si ma présence vous est nécessaire ou souhaitée, faites-moi mander, je partirai aussitôt. N'ayez aucune hésitation, aucune espèce de gêne, ce que je vous dis là, encore, est sincère. Pour vous et votre service ou simplement votre agrément je serai toujours libre.

Et dans ses yeux brillait la lueur de la vérité. Il avait trop de temps à rattraper et trop peu à vivre pour laisser les hésitations freiner ses désirs. Après la tempête, il se plaisait à profiter d'un simple repas en compagnie de la jeune Louveterie. Il ferma les yeux quelques instants. La chaumière était là, elle n'avait pas encore brulé, et la marmite dans l'âtre dégageait un fumet accueillant. Une larme s'échappa de ses paupières et creusa un sillon humide sur son visage. Il se tourna vers Ellesya, ses yeux étaient humides mais son regard ne renfermait pas que de la tristesse, un peu de chaleur et de tendresse s'en dégageait. Essuyant, d'un vif revers du bras, ces émanations de sens à vif, il demanda d'une voix chaude:

Me donneriez-vous un peu de ce vin ? J'ai soif autant que faim je crois...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Sam 8 Fév 2014 - 23:15

L'éclat de la larme n'échappa à Sya. Sa curiosité était encore grande à l'égard de cet homme. Il avait été disert sur son engagement, sa mission, mais point sur la vie qu'il avait mené avant. Les informations avaient été distillées, pudiquement lui semblait-il. Alors elle ne forcerait rien.  

Soulagée de le voir se nourrir et reprendre vie, elle ne se fit pas prier pour le resservir en bouillon et en vin. Sa compagnie, malgré ses affres, lui mettait un baume au coeur inattendu. Peut-être en ce qu'il lui permettait de renouer le fil brisé entre le présent et son passé, de se rendre compte qu'elle n'avait pas tout perdu. Que la vie ne lui réservait pas que des disparitions lorsqu'il était question de proches.

Ses paroles ne cessaient de mettre son cerveau en ébullition. L'un des pâtés fut rompu, tandis que son regard s'était vaguement voilé. Ses gestes suspendus reprirent après une courte pause songeuse. Une idée lui était venue pendant qu'il motivait les raisons de son offre. Elle lutta contre l'envie de lui répéter qu'il n'y avait aucune dette. Au lieu de ça, une autre réflexion lui vint.


A la lumière de ce que je sais désormais, je trouve que le choix de mon oncle était cruel.
J'aurais aimé vous connaître avant, avoir conscience de cet attachement. Et vous le rendre. Et également savoir, même si il aurait fallu garder le silence, ce que devenait le frère de ma mère.

Quoiqu'il en soit, vous n'auriez pu être heureux à ma place. Je n'aurai pu guérir toutes vos blessures.

Ce qui est fait est fait, n'est ce pas...


Affirmant cela, elle savait pertinemment que les choses auraient été infiniment différentes sans ces secrets. Tout comme elle savait aussi sûrement qu'il ne servait plus à rien de réétudier les pages déjà tournées avec des « et si ».
Et surtout.. les morts ne reviennent pas à la vie...

Ellesya releva le nez et lui adressa un léger sourire aigre-doux. Ses jambes s'étendirent et elle changea un peu son assise peu confortable. Le bol vide reposait maintenant à côté d'elle, quelques miettes époussetées de sa chainse.
En écho tardif à certains propos, elle lâcha.


Vous affirmez ne rien savoir faire d'autre. Pourtant vous avez veillé sur moi, vous rendant utile de multiples manières en dissimuler votre identité, votre fonction.
Et avant, avant de que vous ne sombriez dans l'ombre, vous saviez sûrement faire autre chose encore.


Avait-elle été trop loin dans sa dernière phrase ? Elle regretta de l'avoir formulé, se rendant compte qu'elle le renvoyait à une époque dont il avait tout perdu et à laquelle elle n'était même pas née.
Levée prestement, elle s'excusa, attrapa ses bottes, prétextant qu'il lui fallait sortir un instant. De fait, sa capacité d'absorption des liquides avait ses limites et les quelques larmes ne suffisaient pas à la délester du trop plein d'eau.
Revenue quelques minutes plus tard, grognante après avoir croisé d'un peu trop près un autre client dans le couloir, elle referma à nouveau l'huis derrière elle.
Regardant Yvaniès, elle inspira profondément et vint s'asseoir sur le bord de la couche, sans le regarder, toute à l'étude de ses mains.


Je ne crois pas que j'aurais du évoquer le passé.

Si vous le permettez, je voudrais vous demander quelque chose concernant mon oncle.


C'était demandé sans transition mais la nervosité l'avait gagné depuis ce qu'il lui semblait être une erreur.
Alors autant en venir à une interrogation qui persistait. Elle l'avait bien été reléguée un temps pour son manque d'urgence en comparaison avec tout ce qu'ils avaient à s'exprimer, égocentriques.


Vous avez dit que Rhuyzar vous a chargé de me surveiller à la mort de Rassaln. Qu'en fût-il de Rehaël qui était mon frère ?
Ou de Miguaël dont il était le parrain ?
Le savez-vous?


A la mort de Rassaln, elle avait rapidement été envoyée auprès de Kreuz, sa route s'écartant ainsi de celle de son seul frère qui ne fut pas un « demi ». Mais à y resonger, dans son testament, Morgwen confiait aussi le soin à son frère de veiller en particulier sur son dernier-né. Certes, il avait alors encore son père qui avait couvé la petite « Merveille » et la « Princesse », comme avaient longtemps été surnommés Miguaël et Esyllt... Elle-même n'était qu'une des nièces du loup, pas même sa filleule. Elle avait été celle de Wanou et d'Oya mais ils étaient passés dans l'Au-delà avant qu'elle ne se forge des souvenirs d'eux.
Peut-être ne pourrait-il y répondre... mais elle ne pouvait pas ne pas demander.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 9 Fév 2014 - 8:25

Le bol de soupe revint entre ses mains. Chaud et rempli. Un morceau de pain l'accompagnant, il reprit le ballet de la mie trempée dans le bouillon, la fourrant dans sa bouche pour repaitre son corps. Toute trace de tension avait disparu en lui, aucune pointe de douleur ne venait vriller ses tempes ou ses muscles fatigués. La bataille était finie, et elle ne recommencerait pas avant longtemps, ou avant qu'autre chose ne vienne la déclencher...

Cruel ? Voila comme elle qualifiait l'acte du Corbeau à leur égard. Après tout... peut-être ? Nul ne savait réellement ce qui se jouait dans son esprit et se cachait derrière ses décisions. Comme tous les hommes de pouvoir, il avait cette faculté à masquer d'un voile opaque et son identité et son but... Il avait survécu ainsi et s'était frayé son chemin à Paris, enjambant les cadavres que ses hommes avaient laissé trainer...

Nous ne pouvons revenir en arrière. Mais nous pouvons... arranger, je crois... Cruel ou non, il a décidé ce choix et je l'ai appliqué. Même s'il m'en a coûté, souvent, de ne pouvoir qu'user de stratagèmes. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi il m'avait gardé dans l'ombre. Je ne sais pas ce qu'il craignait, car c'est bien de crainte qu'il s'agit dans ces cas-là. Etait-ce justifié ? Etait-ce du à son esprit malade ? Je pense que nous ne le saurons jamais, il n'y aura pas de dernière lettre... Je suis la dernière lettre.

Quelles étranges méthodes, là aussi, avaient été celles du Corbeau. Pas de parchemin, aucun sceau, juste un homme... Un vieil homme marqué à la mine patibulaire pour faire le tour des noms encore debout et leur transmettre quelques mots. Raishar, Ellesya, Gailen ? Aucun d'eux ne le connaissait ou ne l'avait jamais vu, à l'exception de la Louve, mais dans les particulières circonstances qu'on connait... Ils devaient apprendre la confiance en même temps que recevoir les mots. Terrible exercice après ces années d'absence. Ryes s'était refermée. Raishar l'avait toisé. Et Ellesya... avait-elle senti ce lien infime qui résonnait entre leurs deux âmes ? Avait-elle aperçu entre deux phrases poignantes le mince fil d'araignée luminescent, que la rosée du matin révèle au poète qui contemple ? Ténu, fragile, léger... Mais il était là, et sa vibration provoquait les notes qui venaient parfois s'égarer dans son esprit et dans son coeur. Chasser les mauvais souvenirs et combattre le mal.

C'est peut-être ce lien qui empêcha sa question de réveiller en lui un trouble douloureux. Elle était franche, directe, presque... brutale, et elle l'atteignit au visage comme un coup de gantelet donné avec force et précision. Sonné, il essayait de la décortiquer, de la comprendre, d'en saisir sens et sous-entendus et de ne pas se laisser aller à une vague nostalgique alors qu'elle pouvait juste avoir quémandé une information...

Avait-elle saisi la portée de ses mots ? Surement. Du moins, avait-il envie de le croire. Et son départ précipité, bien qu'excusé par un incontournable besoin physique, en fut, à ses yeux, le révélateur absolu.

Il profita de ces instants de solitude pour remettre de l'ordre dans ses pensées, calmer les braises qui se remettaient à rougeoyer dans ses tripes et reprendre un peu ses esprits. La faim assouvie l'aida surement, et il parvint à se lever pour aller reposer son bol de soupe vide. Plus assuré, il fit même quelques pas dans la pièce, s'occupa un peu du feu et s'étira avec patience, faisant craquer quelques articulations. Prudent, il retourna s'asseoir sur le lit, dos contre le mur, les yeux un peu dans le vague, perdus entre ces falaises et ces murs dont on lui avait si souvent parlé. Il parvenait, parfois, par un effet d'imagination incroyable, à s'inventer le bruit de l'océan déchainé s'attaquant aux immenses murailles de pierre bordant la côté. Les cris des oiseaux résonnaient dans son coeur et le ressac du courant tapait contre ses tempes. La marée l'engloutissait, lui aussi, et emplissait son nez de senteurs fortes et exclusives. L'iode, la tourbe... Il voyait même parfois quelque courageux esquif se frayer un passage entre les vagues agressives, évitant les rouleaux, combattant les déferlantes, repérant les récifs...

Le claquement de la porte mit fin à sa rêverie. Il quitta l'océan pour revenir dans l'auberge. Son esprit s'était apaisé, sa question avait été digérée, il était prêt à lui répondre, même si, comprenant surement sa maladresse, elle vint le rassurer quant à ses intentions. Un sourire chaleureux aux lèvres, il prit doucement sa main et la serra dans la sienne. Il savait la force d'un contact physique au moment d'évoquer des choses pénibles et douloureuses. Il voulait qu'elle comprenne qu'aucune question n'était interdite, tant que le silence était permis...

Mon métier... si particulier... m'a appris à savoir faire semblant. C'est d'ailleurs bien pour cela que je changeais souvent de poste... On aurait vite compris, sinon, mes limites et mes failles...

Quant à ce que j'ai pu savoir faire avant de prendre cette route... Sachez juste, Ellesya, que j'y étais destiné. Et que vous n'en saurez pas plus, aujourd'hui. Cela aussi durant vingt ans je l'ai occulté. Et je ne suis pas prêt à ouvrir les portes sur cette pièce de mon âme. Un jour... surement, vous dirai-je qui je suis, d'où je viens, quel est mon nom. Mais jusqu'à ce jour, je serai pour vous Yvaniès, l'ombre de votre enfance et celui qui porta les derniers mots de votre oncle.

Il avait tâché d'adoucir sa voix afin de ne laisser paraitre aucune froideur, aucune colère. Il tenait juste à lui expliquer la raison pour laquelle il n'irait pas plus avant. Sa main refermée sur ses doigts en constituait aussi un élément. Il espérait, par ce geste, éteindre toute vexation chez la jeune femme. Il maintenait encore ce déséquilibre. Il avait levé un pan du tissu, mais gardait, cadenassée, la porte qui menait au plus profond de son âme.

Puis vint la demande qui le fit sourire. Il n'aurait su dire s'il n'avait pas décelé une pointe de jalousie dans ses mots. Il hocha doucement la tête, sans migraine cette fois, et lui répondit:

Cela... Je n'en sais rien. Nous... je veux dire par "nous", les hommes dirigés par votre oncle. Nous ne parlions jamais, les rares fois où nous nous croisions, de nos affaires, de nos missions. Il m'est arrivé de travailler avec des compagnons, mais toujours parce que la tâche nous était commune. Autrement le silence était de mise. C'était la règle absolue. Et la transgresser pouvait entrainer la pire des sentences...

Il marqua une très courte pause, laissa retomber le poids des mots, et reprit:

Ce que je sais, en revanche, c'est que la mission qu'il m'a confiée n'était pas qu'un ordre de sécurité... Il nous a fallu du temps, à lui et à moi, pour trouver notre rythme dans les rapports, les informations qu'il désirait... Au début, il me passait des savons mémorables parce qu'il les trouvait trop espacés, pas assez complets et détaillés. Je crois même qu'une fois il s'est emporté et était prêt à me frapper parce que vous vous étiez fait mal en jouant... Il avait peur, cela se lisait dans ses yeux... Il tremblait pour vous et votre mère.

Rhuyzar n'a jamais su exprimer ses sentiments. Je crois que votre mère est partie sans savoir l'amour qu'il lui portait et la reconnaissance qu'il avait pour elle. Après ses recherches, elle l'avait accepté dans la Louveterie aussi facilement que si elle avait toujours su. Il était pourtant bâtard de son père, homme de guerre, ancien mercenaire au passé sanglant... Et cela jamais il ne l'a oublié. Elle lui a offert un nom lourd de symbole et de valeurs. Elle l'a accepté dans la meute, lui, le Loup Blanc, au pelage taché de sang...

Ce n'était pas son histoire, ce n'étaient pas ses souvenirs. Et pourtant il les ressentait presque aussi fortement que s'il s'était agi des siens. Le lien s'atténuerait-il avec le temps ? Cesserait-il de vivre ces deux vies pour ne se consacrer qu'exclusivement à la sienne ?

En ce qui vous concerne... Je crois que la crainte s'est changée en une bienveillance profonde. Il a accepté ce nom, ce qu'il impliquait, et vous a vue, jeune louve apprenant à marcher. Alors, en vieux mâle qu'il était, il a maladroitement cherché à vous aider à grandir. A sa manière, avec ses méthodes... Et qui de mieux, comme tuteur invisible, qu'un homme qui courait après le souvenir de sa fille perdue ? Je crois qu'il l'a fait consciemment...

Il s'arrêta pour ne pas se lancer dans d'éternelles digressions. Peut-être avait-elle d'autres questions qui lui travaillaient l'esprit. La nuit s'était installée, complètement, et de Ryes ne venait plus aucun bruit. La vie s'était arrêtée pour laisser place au noir nocturne, et dans cette noirceur, deux êtres harassés partageaient encore quelques instants de proximité.

Cela répond-il à votre question ? Est-ce ça... que vous souhaitiez savoir ?

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 9 Fév 2014 - 18:15

Sa main fut enserrée avec douceur. Elle ne s'était pas attendue à cette réaction qui lui procurait un profond soulagement alors que c'était lui qui avait du être malmené par sa remarque déplacée. Le regard gris acier osa alors revenir à la rencontre de celui d'Yvaniès. Loin de la douleur, du sarcasme ou de la tristesse, il émanait de lui une chaleur qui lui inspira l'envie de se blottir contre lui.

Elle n'en fit rien, se contentant de s'arrimer au contact offert et de l'écouter.
Sa tête hocha une fois quand il lui annonça qu'il gardait par devers lui une partie de son histoire, sans pour autant lui fermer définitivement la porte.
La peau, l'oreille, le regard, tout était presque berçant, comme si petite fille, il l'avait rassurée alors qu'elle s'apprêtait à se faire disputer.
Hypnotisée par son attitude, la jeune femme ne se rendit pas tout à fait compte que quelque chose clochait. Un élément semblait tinter dans son esprit sans qu'elle eut su dire de suite de quoi il s'agissait.

Malgré son attention portée à la suite de ses explications, son esprit revenait sur ce qu'il avait dit l'instant d'avant. Le sourire n'était pas revenu. Elle venait de saisir ce qui lui titillait l'esprit et son coeur se serra étrangement. La pression de sa propre main se relâcha même si elle ne la retira pas. Malgré toute la compréhension qu'elle ressentait à son égard, elle fut blessée. C'était plus fort qu'elle. Cela dépassait pour l'heure sa raison qui lui murmurait pourtant de ne pas réagir de la sorte. Ses traits devinrent plus lisses, moins déchiffrables.

De sa main libre -elle n'était quand même pas pressée de récupérer l'autre-, elle retira à nouveau ses bottes fourrées et les laissa choir sur le sol.
Plus neutre, elle intervint quand il se tut.


D'où elle est, ma mère doit le savoir maintenant. Ce qu'il ressentait.
Et puis je ne doute pas qu'elle lui botte l'arrière-train avant qu'il n'ait la bonne idée de tenter de rejoindre la Lune.


Tournée un peu plus vers lui, elle continua.

J'ignore si je devais être protégée. J'étais trop jeune et les morts violentes se sont succédées, certes. Pour Rassaln ou Asdru, il me semble que personne n'a jamais su.
Pour ma mère, ce n'était pas un meurtre prémédité. Nul n'aurait pu prévoir. Et Hans a fait justice.

On ne peut pas toujours trembler pour les autres.
Hors des menaces et des ennemis, nous pouvons être fauchés au détour d'un chemin, lors d'une chasse, en heurtant un linteau de porte, en contractant une maladie, en mettant au monde une autre vie...

Vous avez fait bien plus que répondre à ma question.
En fait, je voulais savoir pour mes frères... parce que c'était leur oncle à eux aussi.
Rehaël l'a cotoyé ici. J'avais peu de contacts avec eux à cette époque et je n'en sais pas grand chose.
Miguaël, lui, est en vie. Je m'interrogeais sur ce que j'aurai pu lui dire.
Enfin, pour parvenir à lui dire quoique ce soit, il faudrait d'abord qu'on s'adresse à nouveau la parole. Nos liens sont rompus depuis l'été et je n'aspire pas à les renouer actuellement.


Le souvenir de leur dernier échange épistolaire colora ses joues de colère, comme à chaque fois et ce malgré les mois passant. Sa mâchoire montra un signe de crispation avant une détente forcée.

Les membres ne sont pas toujours unis. Certains ont certainement besoin de faire un bout de chemin seul pour se rappeler qu'ils ne le sont pas, je suppose.
En fait, il a usé ma patience jusqu'à la corde, alors qu'il se démerde maintenant. Accroché aux guêtres de sa fiancée comme un chiot abandonné.


Une profonde inspiration plus tard, elle précisa.

Il me faudra vous informer sur ceux qui constituent ma mesnie si vous tenez toujours à partager des bouts de route avec moi... Yvaniès.
Ce soir, il est trop tard...

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 9 Fév 2014 - 19:16

Ce soir il est trop tard...

Trop tard oui. Pour revenir en arrière, pour regarder par dessus son épaule et contempler le chemin parcouru, les ornières évitées, les flaques qui avaient crotté les bottes. Il était trop tard pour défaire tout ce qui avait été lié, recréé et scellé, entre deux âmes. Le soleil s'était couché, actant par son geste l'éternel du moment et des mots. Car s'il est dit que les paroles s'envolent, on sous-estime souvent le poids de la gravure dans un instant donné et le poids qu'elle peut prendre dans le Cycle.

Chose curieuse que le temps, à la fois si malléable et si fixe. Infini et limité. Pourvu de barrières infranchissables et indéfinissables en même temps. Comment pouvait-on estimer ne plus avoir de temps sans avoir entraperçu la robe rapiécée de l'Ankou ? Quelles étaient ces pensées qui fixaient les limites de ce qui est perceptible et ne l'est plus réellement ? Où s'arrêtait le "maintenant" et commençait le "plus tard" ? Quelle échelle de valeur donnait la mesure, ou la cadence, d'un instant terminé et le rangeait entre les pages d'un vieux classeur ? Qui pouvait savoir ? Et qui pouvait décider ? A qui la faute ?

Sans mot dire, encore, il perçut la réaction d'Ellesya. Son léger recul. Son imperceptible doute. La fatigue aidant, leurs réactions se faisaient moins codées, moins fines, moins cachées. Quelque chose, dans ses mots, l'avait touchée et peut-être effleurée assez pour lui provoquer un peu de douleur contenue.

S'il connaissait la petite fille, il avait tout  à apprendre de la femme. Ses réactions, il ne savait les prévoir. Ses sentiments, il ne les devinait qu'à travers la lumière de ses yeux. Il décryptait ses gestes, mais se trompait encore beaucoup. Mis en faute, surement, par tout ce qu'il avait vu par le passé et avait bien changé.

Malgré tout, elle n'avait pas écarté son geste et n'avait pas retiré ses doigts des siens. Peut-être la blessure n'était-elle qu'anecdotique et parfaitement réparable ? Il lui fallait encore décortiquer un peu, quelques minutes, avant de prendre une décision. Et ce faisant, il prit tout de même la parole:

Je ne doute pas que votre mère aura une ou deux choses à lui dire d'ici peu... Les esprits parleront, et les âmes s'apaiseront, pendant que nous chanterons. C'est ainsi que l'on dit...

Le ressac, la pierre et le vent. Une croix plantée dans un druide et des soldats fêtant la victoire. Frères, qu'avons-nous fait...

Je sais bien qu'il aurait pu vous arriver mille choses que je n'aurais su prévoir... mais j'ai l'espoir de croire que certains de mes actes ont permis... que votre route soit... moins dure. Je ne suis personne pour en juger et... je comprendrais qu'on m'en tienne rigueur, mais pour rien au monde je n'agirais autrement. J'assume ce que j'ai fait et ce que je ferais encore mille fois pour vous...

La colère qui pointait dans sa voix était plus que perceptible. Les Louveterie étaient des gens de famille. Unis et solidaires. Ils toléraient mal les abandons répétés et les ignorances permanentes. Sans réclamer une présence sans faille, ils attendaient un minimum les uns des autres et se créaient ainsi des liens durables et forts qui leur permettaient de ne pas vaciller durant les tempêtes.

Je ne connais rien à toutes ces histoires Ellesya... j'étais loin et fort occupé. Peut-être pourrez-vous m'enseigner, cela aussi, que je ne passe pas pour le premier des crétins à la première anecdote...

Non que le sujet ne l'intéressait pas, mais il se devait d'avouer sa plus complète ignorance. Et il n'aimait pas prendre parti sans avoir vécu un peu de l'intérieur les situations. Il préféra en rester là tandis que son esprit achevait son travail d'analyse et se préparait à y trouver une conclusion.

Se donnant un léger délai supplémentaire, il entreprit d'arranger la couche et les coussins en prévision de la courte nuit qui les attendait. Pour ce faire il relâcha sa main et bascula de manière à s'asseoir sur le bord du lit, tapotant la plume et redisposant de son mieux les draps, de manière à obtenir un résultat qui bien qu'éphémère, lui paraissait satisfaisant.

Ainsi assis près d'elle, il posa doucement sa main sur sa joue, plongeant son regard, vieux et tendre, dans le sien, jeune et vif. Le geste signifiait qu'il réclamait son attention et que rien, chez lui, ne signifiait alors humour ou agressivité. Il voulait savoir.

Nous allons prendre un peu de repos. Vous en avez besoin autant que moi. La journée a été longue et dure pour votre coeur, je ne vous ai pas ménagée et je m'en excuse... Même si cela était nécessaire.

Pour vous répondre... Oui, je souhaite toujours faire un bout de chemin en votre compagnie. Je vous laisse juge des modalités pratiques et de ce qui vous conviendra. Je m'adapterai, offrez-moi ce que vous pouvez, voulez...


Demain je prendrai la route. Si vous devez me joindre, envoyez le message à Annecy, ou Arles. L'un ou l'autre. J'y serai. Et ne craignez pas l'attente, c'est que j'aurai pris la route sans prendre le temps de vous répondre...

Il poussa un soupir et ferma les yeux l'espace d'un instant, reprenant un peu de courage et d'assurance avant de la fixer de nouveau pour lui demander:

Maintenant c'est à mon tour de vous questionner... Après cela nous nous coucherons, mais vous devez me dire, ou le sommeil me fuira... Je vous ai vue, à l'instant. J'ai dit, fait quelque chose, qui vous a touchée, blessée peut-être ? Vous n'avez rien dit mais vos yeux et votre voix n'ont pas menti... Je n'aime pas cela avec ceux qui me sont chers... montrez-moi votre plaie et laissez-moi la panser... Un jour ou l'autre, elle vous brulera, par ma faute...

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Ellesya

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 9 Fév 2014 - 22:26

L'expression dont il usa et qu'elle ne connaissait pas lui parut jolie et apaisante. Plus prosaïque, elle aurait simplement affirmé que les trépassés n'auraient qu'à se débrouiller entre eux. L'éther s'était révélé si lourd pour ses épaules. C'était de vie dont elle avait faim, soif, convoitise. Et cet appétit enflait comme pour envahir ces tranchées investies et tenues fermement par les fantômes trop souvent invoqués.

Chacun avait les siens, ses propres images s'imposant dans la mémoire et qu'ils ne partageaient pas. D'âme à âme, ils étaient liés désormais. En en restant pas moins deux êtres si différents.

L'ire animait la voix de l'âme damnée de son oncle, libérée espérait-elle. Dans un souffle, sans certitude d'être entendue, un « je ne remettais pas votre engagement en cause... » portait l'espoir qu'il ne s'était pas engrigné à son encontre.
Heureusement, toujours il lui tenait la main. Fissurant à chaque battement de coeur la barricade montée à la va-vite par l'assoiffée de vérité qui s'était sentie flouée.

Il n'y avait rien à répondre hormis un assentiment du chef à sa demande d'informations qui rejoignait sa propre proposition. Son regard se plissa d'un léger sourire lorsqu'elle songea aux possibles réactions de ses proches face à cet homme. Grognements au mieux...

Son regard tomba sur la vaisselle utilisée alors qu'il s'affairait à donner à la couche un aspect aussi accueillant que possible. Plus tôt dans la journée, elle en aurait profité pour la rincer et la ranger, ne rien laisser traîner. Mais la flemme lui coupa toute velléité d'ordre.
Elle fut tirée de son constat paresseux par une paume chaude posée sur sa joue qu'elle sentit irradier tout à coup. Quasi saoule de fatigue, son expression refléta la surprise et le trouble. N'avait-il pas été déjà assez proche en si peu de temps qu'il fallut qu'il agisse ainsi. Non, elle n'était plus la petite fille qu'il avait connu. Et la jeune femme, pourtant peu encline à ces approches, se retrouvait empêtrée dans un piège de confusion que l'ambiance nocturne aggravait.
Ce n'était pas les bons mots, les bons sens qu'elle percevait. Une part de son esprit le savait. L'autre préférait se complaire dans l'équivoque.

Engourdie de corps et l'esprit ivre, son regard le couvait. Lorsqu'il soupira, elle inspira et oublia un temps de respirer, incapable de bouger plus. Mais il la força à arrêter de flotter dans sa conscience altérée aspirant à des promesses qu'il ne lui faisait pas.
Oh elle avait bien tout entendu, pas comme il l'aurait voulu sûrement. Et la conscience reprendrait froidement ses droits à l'aube...
Pour l'heure, elle n'avait d'autre choix que de lui répondre. Aucune autre action ne lui était possible. Ce qui ne l'empêcha pas de laisser poindre un peu de mordant en exprimant ce qui lui avait fait mal.

 
Une broutille...
Vous venez de m'annoncer que la manière dont je vous nomme n'est pas votre véritable nom.
Mais rassurez-vous, vous avez annoncé la couleur. Vous ne désirez pas en parler. Alors gardez cela pour vous, cela vous appartient. Vous n'avez pas besoin d'abdiquer pour éteindre la moindre de mes contrariétés.

 
Sa tête se détourna, échappant à ce toucher qu'elle appréciait déjà tant. Se penchant pour attraper la touaille humide qui trainait toujours sur le rebord du bassin afin de se rafraichir le visage et les mains, elle acheva :
 
Vous pouvez vous reposer. J'ai survécu à pire comme secrets ou illusions.

_________________

*Adoratrice du vénérable maître du Groumpftibousouc*
Sya : "J'ai encore dit une bêtise ?" - Julios : "Pas plus que d'habitude"


Dernière édition par Ellesya le Lun 10 Fév 2014 - 16:33, édité 1 fois (Raison : coquille)
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