Ordre Royal des Chevaliers de la Licorne


 
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 [Lieu] Auberge du Voyageur

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Yvanies_daktom

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 10 Fév 2014 - 4:33

La question transperça son esprit avec autant de force qu'un javelot lancé à pleine vitesse dans les airs. N'avait-il pas aggravé la situation à s'entêter ainsi et à vouloir savoir ? La réponse sèche de la jeune femme et son recul, bien que tardif, de la caresse offerte par sa main le laissèrent un peu déboussolé. Lui qui pensait la rassurer, guérir cette petite plaie qu'il avait entraperçue, il se demandait maintenant s'il ne l'avait pas élargie de maladresse et de bêtise.

A n'en pas douter, toutes ces années passées à autre chose l'avaient déconnecté purement et simplement du monde des vivants. Il ne pouvait se résigner à un tel échec, mais se devait de constater ses effets néfastes et répétés sur les traits d'Ellesya. Larmes, colère, tristesse... Celle qui se tenait face à lui n'était plus l'enfant, mais la femme. Et s'il voulait redevenir ce veilleur à l'ombre protectrice, il allait devoir s'armer de patience et apprendre l'humilité de l'ignorance de l'autre.

Ses doigts se retirèrent, son visage affichant, l'espace d'un court instant, cette impression de tristesse et de poids écrasant ses épaules. Il la chassa le plus vite possible. Il était trop tard pour se lancer à nouveau dans de grandes explications sur eux-mêmes. Il se ferait pardonner à leur prochaine rencontre, si elle décidait de le revoir.

Je sais que vous survivrez... J'aime juste à comprendre mes maladresses pour ne plus les reproduire... Mes codes ont changé, je ne suis plus un homme...

Et, à son invitation, il s'allongea sur le lit, s'installant près du mur, la tête posée sur les coussins. Incliné sur le flanc, un bras replié sous sa tête, il regarda sa compagne d'un soir se rafraichir dans la pénombre de la nuit.

Il n'avait plus froid, plus chaud, plus faim. Il n'avait plus que mille questions qui lui traversaient l'esprit. Il avait sauté cette barrière qui l'effrayait tant. Il avait parlé à l'enfant. Il l'avait touchée. Et elle lui avait répondu... Non, elle ne s'était pas enfuie en hurlant sur le chemin. Non, elle n'avait pas mandé la garde pour le faire arrêter mettre au cachot. Elle l'avait écouté et avait même fait preuve, à son égard, d'une affection salvatrice. Où les conduirait cette route ? Quelles étaient les épreuves qui les attendaient au détour ? Parviendraient-ils à cette félicité ? A ces liens qu'on dit purs et sincères ?

Comme toujours, la peur s'insinuait entre ses joies et tentait de mettre fin à cet éphémère bonheur qu'il ne connaissait que trop rarement. Mais cette fois, il disposait d'une alliée. Car la source de sa joie se trouvait près de lui, et sa seule vue suffisait à repousser la terreur nocturne qui d'ordinaire le tenaillait.


Peu à peu, battement après battement, ses paupières se fermèrent sur cette dernière vision. Son esprit glissa peu à peu dans les méandres des songes, guidé par cette fatigue qui terrassait désormais son corps. Son souffle se fit plus espacé, plus régulier. Ses traits se détendirent et sa poitrine se souleva bientôt avec douceur au rythme de sa respiration. Il dégageait une impression de sérénité et de bien-être qu'on ne lui connaissait que trop rarement. Ainsi allongé, dans les ombres mouvantes de l'âtre encore allumé, il n'était plus qu'un homme, d'un certain âge, fatigué et blessé, mais non détruit. Il restait une étincelle, une chance, un fil d'Ariane.

Et dans le silence de la chambre, sa voix rauque et débordante de sommeil vint prononcer quelques mots aux accents doux et chaleureux. Son timbre était étrange, comme débarrassé de toute blessure, de tout souvenir. Et, dans le même temps, sa main valide se détendit et adressa une légère caresse à un front invisible.


Dors mon ange. Papa veille... Il ne t'arrivera rien...

Et, soulagé et malade, le Corbeau doucement, ferma les yeux. Dans la steppe le cri du loup annonça alors la nouvelle.

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Ellesya

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 10 Fév 2014 - 16:32

Le linge humide lui apporta une fraîcheur bienvenue tant pour sa peau que pour sa sensibilité mise à rude épreuve. Elle avait préféré ne pas répondre à ses paroles, pour ne pas se montrer acerbe malgré elle ou raviver une discussion qui était close à ses yeux.
Le mouvement dans son dos la renseigna sur le fait qu’il s’était alité. Le visage lavé de ses larmes sèches et de ses rougissements, les mains assainies, elle passa encore le tissu sous sa chemise. Puis le balança près des bols. Demain, il serait assez tôt pour s’en soucier. Demain déferait-il ce qu’aujourd’hui avait scellé ?

Lorsqu’elle ramena ses deux jambes dans la couche en pivotant, la jeune femme découvrit que l’étrange homme qu’elle avait véritablement rencontré ce jour, rencontré comme aucun autre jusqu’à ce jour, dormait paisiblement. Prenant soin de ne pas l’éveiller, elle s’installa tournée vers lui, le devinant plus qu’elle ne le voyait vraiment. Morphée l’attirait déjà dans ses bras, annihilant la tempête de son cerveau, quand il souffla quelques mots.
Les larmes aux yeux, elle se mordit férocement la lèvre pour se maîtriser. Il n’avait pas besoin d’elle, de son réconfort à cet instant. Elle n’en était pas moins chamboulée.

 
Moi, je ne suis pas ta fille, Yvaniès ou peu importe ton nom.
Et tu es plus précieux qu’une dernière lettre…

 
Pourtant, Dieu savait qu’elle aurait voulu entendre, parler une dernière fois à son oncle, sans intermédiaire.
Les yeux clos, sa conscience s’éteignant lentement, elle souffla une prière pour celui qui se mourrait au loin et dont elle partageait le sang. La bâtardise n’était pas marque d’infamie quoiqu’on eut voulu lui enseigner. Il en était ainsi et le serait encore longtemps.


La petite walkyrie reposait dans la mer mouvante d’herbes et de fleurs, alpage savoyard à la débauche éphémère de couleurs et de senteurs. Le gris de son regard était éclairé du bleu limpide du ciel. Ses poumons étaient si petits, trop petits pour inspirer tout cet air chargé des effluves de l’été  montagnard. Les bras en croix, elle aurait voulu embrasser ce monde, s’y fondre. Une petite araignée fila de sa paume vers l’intérieur du bras. Fermant les yeux, la jeune fille sourit. Un peu plus loin, les voix rauques de Johann et Dieter ahanant à l’entraînement entre les chocs des épées brisaient le silence relatif du lieu, rendant ce moment encore plus familier, plus chaleureux, confortable pour son cœur. L’aragne redescendit via le coude et retourna à la chasse dans sa jungle herbeuse.
Trois points de contacts chauds et un peu rugueux se posèrent sur le bout des doigts de sa dextre abandonnée à la caresse du vent. Contact dissimulé au regard des autres, des adultes. Pulpes chaudes des doigts accolées. Elle rosit, le visage tourné vers le jeune homme aux regard et cheveux clairs dont le souvenir s’estompait à chaque fois que la brise du rêve lui caressait les traits… Alexander…
Un jour, Kreuz et Johann cesseraient de les surveiller. Un jour, elle renoncerait à tout pour être définitivement l’une des leurs. Un jour, elle serait officiellement sa fille.

Un jour… tout a disparu.

Néant.

Eveillée en sursaut, Ellesya chercha son souffle, cet air qu’elle avait perdu comme tout le reste. Les yeux grands ouverts, fixés sur le foyer où rougeoyaient les braises, la petite walkyrie tenta de rassembler les éclats de son souvenir, pulvérisés. Comme à chaque fois, elle en perdrait définitivement certains.

L’angoisse reflua sous les assauts du souffle régulier de son compagnon de nuit. Cette fois, aucun cri ou pleurs ne devait avoir filtré.
Elle se serra précautionneusement contre lui, dans l’aura bienfaisante de la chaleur qu’il dégageait. Le nez contre sa chemise, la main sur son cœur, le sommeil la reprit sans crier gare. Et sans plus de mauvais tours jusqu’à l’aube.

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Yvanies_daktom

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Lun 10 Fév 2014 - 21:24

Le soleil reconquérant son trône darda ses premiers rayons dans la chambre de l'auberge, transperçant de sa douce luminescence les volutes de fumée qui s'échappaient de l'âtre désormais tiède. La lumière augmentait peu à peu et sa froide clarté annonçait, derrière les fenêtres, un froid jour comme l'hiver sait les offrir, même en Normandie.

Sur la couche, un corps frémit et bougea, envahi peut-être par le froid ou gêné par la soudaine intrusion de l'Astre Roy. Dans un mouvement paresseux, deux bras s'élevèrent, s'étirèrent, puis une brune chevelure émergea des draps et se secoua comme pour assembler des esprits éparpillés aux quatre coins. Un baillement, puis un autre... Ellesya s'extirpa des songes mouvementés de cette nuit aussi étrange que le jour qui l'avait précédée. Les idées encore peu claires, le désordre qui régnait en l'endroit lui sauta malgré tout au visage. Yvaniès semblait encore dormir, le visage figé. Il n'avait pas bougé, allongé sur son côté, le bras replié sous sa tête. Un fin sourire étira les lèvres de la jeune femme alors qu'elle quittait avec précaution la couche qu'ils avaient partagé.


S'occuper les mains à des tâches aussi anodines que l'ordonnance des lieux lui permettrait certainement de remettre en ordre ses pensées et d'imaginer avec certitude ce qu'elle allait faire. L'homme allait-il seulement se rappeler de leurs échanges ? Peut-être sa crise avait-elle déclenchée ce flot de paroles et ces confidences ? La valeur de ces mots était-elle réelle ou relevait-elle de l'hallucination pure et simple ?
Avait-elle perdu l'esprit en se laissant entraîner par les manques qu'il avait involontairement ranimé ?

Elle en était là de ses doutes, rassemblant les affaires éparses, préparant deux paquetages avec les vivres restants. Profitant qu'il eut toujours l'air de dormir, elle se rafraîchit le haut du corps puis remit sa chainse en frissonnant un peu. Ses gestes mesurés empêchèrent le broc d'eau fourni, gracieusement, par l'aubergiste, de tinter. Elle en était là quand il se mit à remuer doucement.

Elle allait avoir besoin de temps pour comprendre cette journée. Aucune décision n'était arrêtée, aucune parole n'était remise véritablement en doute, mais à l'émotion de la veille, succédait, en son coeur, une réflexion posée et pensée qui lui intimait la prudence et la méditation. Cependant... elle avait eu envers lui une attitude qu'elle ne pouvait renier complètement. Des promesses avaient été échangées et en respectant sa parole elle pourrait mettre la sienne à l'épreuve...

Sans attendre un nouveau soubresaut d'Yvaniès qui semblait sortir peu à peu du sommeil, elle prit sa bourse et la fourra dans le paquetage qu'elle lui avait préparé. Ce n'était qu'un peu d'argent, à la valeur sentimentale bien faible, mais qui lui permettrait de mieux voyager qu'à son précédent périple, et qui le laisserait peut-être en meilleure forme à son arrivée en son village. Elle profita aussi du calme et du silence pour griffonner, sur un bout de vélin, une liste des terres et des lieux qui lui seraient ouverts. Elle se limita aux biens propres, familiaux. La liste était déjà bien fournie.

C'est le moment qu'il choisit pour s'étirer avec langueur sur le lit, dépliant sa carcasse, l'action ponctuée par un ou deux craquements qui n'annonçaient pas une jeunesse débordante. Il se frotta les yeux, un peu hébété, encore, d'avoir tant dormi et regarda la jeune femme. Ses traits aussi étaient tirés. Le sommeil semblait n'avoir guère été réparateur. Il reçut un sourire ténu mais bien réel.

Lentement, il s'assit sur le bord de la couche, délassant ses articulations engourdies. Puis, il se leva, silencieux, et entreprit de se préparer, lui aussi. Il ne savait comment donner suite à leur situation... Il avait senti, dans la nuit, le rapprochement d'Ellesya, mais préféra ne rien dire. Il était trop tôt. Tout était trop frais. Finalement quelques mots banals s'échappèrent de ses lèvres:


Vous êtes debout depuis longtemps à ce que je vois. Vous avez déjà tout rangé...

Un sourire un brin narquois éclaira le visage de la Walkyrie qui lui répondit, du tac au tac:

Il me semblait que j'ai suffisamment joué le rôle de moine pour cette nuit.
Et il y avait à faire avant de vaquer chacun de notre côté.


Doucement, à demi-mots, elle venait de lui annoncer que leur entrevue était terminée pour aujourd'hui. D'un petit hochement de tête il acquiesça à sa réflexion. Lui-même devait, comme on dit communément de nos jours, faire le point sur la situation. La fièvre de la crise était retombée. N'en restait qu'un pan de honte et de dégoût qui se nichait quelque part dans le fond de son coeur et qu'il devrait expulser dans la solitude.

Sans trop laisser s'installer le silence et la gêne, elle reprit, de son ton à la fois droit et posé:


Je vous ai préparé un paquetage pour la route, ainsi qu'une liste, comme je vous l'avais promis, des portes qui vous seront ouvertes sur votre route ou dans vos pérégrinations.

L'esprit pratique encore. Cette qualité semblait forger une grande partie de son image et de ce qu'elle dégageait dans ces instants où la gêne aurait pu prendre le pas sur le reste. Comprenant sans mot dire ce qu'ils ressentaient l'un et l'autre, il hocha la tête et lui répondit:

Merci Ellesya. Je vous attendrai. Je pense partir à Arles, en Provence. Mais rien qui m'empêche de repartir sur les routes. N'ayez aucune hésitation...

Allaient-ils se quitter ainsi ? Distants ? Embourbés dans les préparatifs matériels d'un départ et d'un retour ? La descente était brutale et leur pudeur respective semblait être revenue avec fracas. Car c'est sans même la frôler qu'il la salua d'un digne mouvement de la tête, prit le paquetage et sortit de la chambrée. La laissant seule avec ses doutes et ses espoirs...

La solitude la broya tout à coup, la laissant le souffle coupé, choir sur la couche pas encore froide. Elle resta un temps ainsi, s'efforçant de ne songer à rien, d'ignorer le trou béant dans sa poitrine.
L'ambivalence de ses sentiments à cet instant lui apparut froidement à la lumière crue du petit matin.

Elle ne pouvait décemment lui courir après pour lui offrir et demander une accolade. La tentation était forte, alors elle réfugia dans des gestes routiniers, dépourvus de réflexion. Ramener dans son nouveau logement ses quelques affaires, les arranger et s'asseoir, un peu. Le soulagement ne venant pas. Les images étaient trop fortes, encore. Les mots bien trop présents. Les doutes l'assaillaient, les souvenirs... Une mère figure de devoir, un père terriblement absent et seul dans son monde, un autre... bien trop désiré... Un monde qui tournait et qui ne la regardait pas marcher. Etait-il possible qu'un l'ait compris ? Etait-ce au moins réel et souhaitable ? Au fond... qui était cet homme qui l'avait ainsi tourmentée toutes ces heures durant ? Et elle, quelle influence aurait-elle sur lui ?

Et la réponse ne venait pas. Elle se leva, alors, et prit la direction du seul endroit qu'elle imaginait pouvoir lui apporter quelques lambeaux de paix pour recouvrir son âme dévoilée. L'Office allait bientôt être donné et ses prières, peut-être seraient entendues... Croire, oui croire... La ferveur pouvait tout effacer...
S'enfonçant dans l'antre consacrée, elle expira longuement, comme pour chasser de son corps tout ce qui la tourmentait, empêcherait son repos pour les nuits à venir. Elle rejoignit à pas silencieux un sombre côté de la nef et s'agenouilla, murmurant déjà son credo alors que les cloches venaient de débuter l'appel aux fidèles.






Et tandis qu'en l'Eglise de Ryes résonnait, dans le coeur des croyants, la ferveur de la prière et du recueillement, une silhouette solitaire quittait le village, son paquetage porté en balluchon sur l'épaule, la démarche lourde et lente, prenant la route en direction du sud. Une miséricorde était bien visible à sa ceinture, comme pour rappeler au malandrin imprudent qu'il s'attaquerait là à un homme sachant se défendre et possédant un certain équipement.

Son mantel rapiécé le couvrant à peine, son front dénudé par sa coiffure, un catogan de guerrier nouant sa chevelure blanche, rougi par le froid, il avançait d'un pas décidé vers la destination qui était la sienne, un pli bien net venant barrer la dite rougeur, cité précédemment.

Yvaniès songeait à la journée de la veille. Il songeait aussi à son départ précipité et un peu abrupt et à la réaction que pourrait avoir la jeune femme. Il n'avait pas retrouvé chez elle la chaleur de la veille, et avait eu peur de l'importuner en remettant sur le tapis ce dont ils avaient parlé. Il avait décelé comme un besoin de solitude et de réflexion, besoin qui le touchait également...

Et puis il y avait autre chose... Comme un appel silencieux ressenti à l'instant où il avait ouvert les yeux. Comme une sourdine ininterrompue qui lui avait vrillé l'esprit et l'avait tourné vers un autre endroit, un autre temps... Il connaissait cet instant étrange, ce pressentiment si rare et pourtant si précis. Il était arrivé quelque chose. Quelque chose de grave et de puissant. Mais où ? Quand ? Et à qui ? La précision s'arrêtait là, sure de son fait...

Le chemin défilait et Ryes s'éloignait, ne devenant bientôt qu'une forme indistincte dans le lointain, un souvenir presque imaginé par celui qui, l'ayant vu de très près, sait à quoi il ressemble et peut le coller sur sa propre vision. Les arbres succédaient désormais aux champs, et dans le calme du matin, on entendait quelques chants d'oiseaux. Et un croassement.

Un croassement qui se rapprochait d'Yvaniès et auquel se mêlait désormais un battement d'ailes désordonné. Il leva la tête et vit fondre sur lui le porteur d'augures funestes. Son regard jaune se planta dans le sien et il comprit, tombant à genoux tandis que, planant, l'animal vint enserrer son bras de ses petites serres et se percher, tel un chasseur, le toisant de toute sa noblesse macabre.

Tremblant comme une feuille, il avisa les deux parchemins accrochés aux pattes du volatile. L'un était fait d'un papier plus ouvragé, plus épais, semblait plus noble, tandis que le second ressemblait aux missives qu'il recevait habituellement. Il décrocha celui-là et en prit lecture, son visage se changeant peu à peu en un champ de neige immaculé...



Rhuyzar de la Louveterie a écrit:
A ma Confiance Yvaniès Daktom
Salut et Longue Vie



Yvaniès,

si tu reçois ce jour cette lettre portée par mon plus fidèle messager après toi, c'est que le Corbeau que j'étais devenu est devenu Loup de la Steppe comme disent nos amis communs...

Mon temps a fini. Enfin. En commence un autre que j'espère plus lumineux pour le Royaume et le Peuple de France.

Je serai bref: adieu et vis. La Mort a mis Fin au Devoir. La parole est respectée. Je brulerai bientôt pour l'éternité au côté de mes Frères et de ceux qui m'étaient chers.

Si tu le veux, un deuxième parchemin doit être accroché à l'animal, il est pour l'Enfant. De même qu'après avoir pris connaissance de ton dernier mot je te donne mon assentiment pour l'usage des derniers Flambeaux, ils sont tiens et tu es libre d'en disposer. Je sais où ils iront, tu as ma Bénédiction.

Ne fuis plus le bonheur. Tu ne seras jamais Nous.

A Jamais...


Le Loup Blanc.





La lecture finie, Yvaniès déchira la lettre avec rage et la jeta au loin en hurlant. Peu lui importait qu'on l'entende, peu lui importait qu'on le prenne pour fol, il n'avait plus, désormais, de comptes à rendre à personne...

Il récupéra le second parchemin et le rangea précieusement sous son mantel avant de tirer de sa ceinture la Miséricorde dont la lame, au soleil, se fendit d'un éclat révélateur. Le corbeau le regarda et ouvrit le bec pour croasser avant de s'étrangler dans le sang qu'il fit jaillir de sa gorge, d'un coup sec et précis, jetant au sol le cadavre chaud de l'animal.


Nous sommes quittes Bâtard. Tu es mort et je suis vivant. Le destin a choisi.

Il essuya la lame sur son mantel crasseux et la rangea à sa place avant de prendre une grande inspiration dans l'air froid de la Normandie. Un coup d'oeil narquois à l'imposante forteresse qui se dessinait dans le lointain et il reprit sa route jusqu'à la prochaine ville où il achèterait surement une monture rapide et endurante.


Car c'est un homme décidé qui parcourait à nouveau ces routes. Son dos était droit, ses épaules carrées et son port fier. Et il marchait vite. Très vite...



__________________________________________________________________
[HRP] Post de fin, conclusion écrite à quatre mains par les deux joueurs. [/HRP]

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Dim 5 Oct 2014 - 17:24

Quel meilleur moyen de clore une fructueuse collaboration qu’en la célébrant autour d’un agréable repas ? C’est la question que Guillaume s’était posée et à laquelle il n’avait trouvé qu’une réponse, à savoir « il n’y en a pas ». Il avait donc envoyé un homme d’armes dévaler quatre à quatre les escaliers séparant la salle des hérauts de l’auberge du Voyageur. Dévaler les escaliers, certes, mais aussi courir tout le reste de la distance. Il fallait que, quand il y arriverait avec Saint-Jean et sa pupille, le cochon rôtisse déjà. Et vu que leur trio n’était pas du genre à gambader en chemin et à s’esbaudir à tous les pas comme un enfançon qui découvrirait le monde, il ne fallait vraiment pas tarder pour transmettre l’ordre.
 
Ce qui fait que, quand ils poussèrent la porte de la taverne longue et sombre, si la barbaque n’était pas encore cuite, elle tournait déjà sur la broche, noyée du jus d’épices bon marché dont le tenancier, Abel le pochtron pour les intimes, s’était fait une spécialité. Bon marché mais point désagréables pour la cause, ainsi que le Flamand avait déjà pu s’en assurer à l’une ou l’autre occasion.

 
- Mes dames, nous ne sommes point chez Ella Durée, mais je gage que vous ne trouverez à vous plaindre de ce qui vous sera servi en ces murs. Abel, sers-nous deux… pardon trois de tes bières, pour commencer.
 
Et, ce disant, il dégagea deux chaises pour ses convives, avant d’à son tour prendre place à leurs côtés.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mer 15 Oct 2014 - 14:55

Quel pire moyen d'achever un moment pénible qu'en se rendant dans le seul lieu de Ryes où elle ne désirait plus mettre les pieds ? C'est la question qu'Ellesya s'était posée et à laquelle elle n'avait trouvé qu'une réponse en voyant se dessiner l'enseigne de l'Auberge du Voyageur, à savoir « il n'y en a pas ».
- Oui, la rédactrice a honteusement plagié le post précédent. -
Son pas s'était alenti, alors qu'ils approchaient, à une vitesse inversement proportionnelle à celle des battements de son cœur.
La confiance, la brèche, la trahison lui revenaient en pleine face. Une rencontre qui change une vie, s'était-elle dit. Si elle avait su... L'héritage de son oncle avait eu un prix.

Son regard clair glissa vers Guillaume, comme pour y trouver une planche de salut. Mais ce dernier s'engouffrait déjà dans l'établissement. De toute manière, il ne devait rien savoir de cet épisode. Et si ils s'entendaient bien, il n'était en rien un confident. Visage fermé, l'Errante inspira profondément puis franchir l'huis.

Apparemment, vu la pièce de viande prévue, ils en auraient pour quelques jours pour en venir à bout. Reportant son regard vers Guillaume, Sya l'écouta avant de souffler un « merci » en prenant place. Ses gants retirés laissèrent apparaître des traces d'encre sur les doigts de leur propriétaire. Un peu nerveuse, elle entreprit de les frotter un instant avant d'abandonner avec un léger maugrément.

Le dit Abel s'éloignait alors elle s'efforça de meubler avant de paraître trop morose.


Ella Durée ? Déjà entendu parler mais jamais mis les pieds. J'ai plutôt connu la Rose et le Gratte-cul.

Quelle bonne enseigne vous a tenue si longtemps loin de nous ?
Ce n'était pas très charitable pour les autres de les obliger à me subir à votre place.

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MessageSujet: Re: [Lieu] Auberge du Voyageur   Mer 29 Oct 2014 - 10:09

Laissant se dessiner un fin sourire à l'évocation de la « célèbre » enseigne, Guillaume écouta la jeune fille se plaindre, sans avoir l'air d'y toucher, de son absence. « L'âge a ses raisons », aurait-il pu répondre, comme pour ne pas aborder le sujet frontalement, ce qui aurait été tout à fait légitime face à deux personnes auxquelles, au final, il ne devait pas de compte. Toutefois, il n'agit pas de la sorte, que les deux héritières, nolens volens, lui soient plus sympathiques que la moyenne ou qu'il s'en soit lui-même voulu pour cet abandon de poste, tel qu'il se le définissait quand il y pensait, c'est-à-dire souvent ces derniers jours et semaines.

Trinquant avec ses convives, il engloutit d'abord une longue gorgée de bière – on ne se refait pas – avant de répondre:
« Mais grand Dieu, Ellesya, qu'allez-vous penser là ? » fit-il dans un large sourire, signe de sa bonne humeur, « Je ne suis plus un jeune paltoquet occupé à courir les mousses de France et de Flandre à la recherche de la plus avenante serv... gargotte. Je laisse cela à d'autres, mieux ou moins titrés que moi. Il est plus vrai que j'ai souffert de maux divers, que tous les médicastres et chirurgiens encontrés furent bien longs à soigner. Mais, baste de ces regrets, à la parfin, j'en suis sorti, si pas aussi fort qu'avant, à tout le moins toujours capable de me tenir sur mes deux pieds et de chevaucher, aussi absurde et étrange cela puisse-t-il paraître... Je dois avoir une bonne étoile qui veille sur moi, je gage. »

Et, en disant ses mots, ses yeux se voilèrent une fraction de seconde, le souvenir de celle qui, à défaut d'étoile, avait été une rose lui revenant à l'esprit. Cela faisait en effet bien longtemps qu'elle avait disparu, le laissant seul, ou presque, leur enfant et héritière semblant particulièrement goûter la compagnie des nonnes et des couvents. Mais après tout, si cela pouvait la sauver des troubles du monde...

« Cela étant, votre travail n'a pas été maigre, à ce que j'ai déjà pu voir. Pour un peu, vous m'auriez fait oublier, ce qui est un compliment, rassurez-vous. Car il arrivera bien un jour où je ne serai plus, et ce jour il faudra que mon relais soit pris. Si je peux m'assurer que l'héraldique de l'Ordre sera en de bonnes mains, cela me soulage déjà quelque peu ».

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MarieAlice a écrit:
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